France : Transpolis, laboratoire de la mobilité de demain

France : Transpolis, laboratoire de la mobilité de demain

Entre Lyon et Genève, la plaine de l’Ain offre un paysage agricole. Il s’agit d’une apparence puisque ce site militaire laissé à l’abandon est actuellement l’espace pilote de tests grandeur nature, de la mobilité urbaine de demain avec de hautes technologies.

Entre les exploitations, une petite route mène à une ancienne base militaire, le camp des Fromentaux, reconverti en laboratoire de la mobilité urbaine de demain : Transpolis. Point de départ en 2004, lorsque les militaires partent avec armes et bagages, laissant à l’abandon ce site de 80 hectares. Pendant des années, les clôtures barbelées ne défendent plus rien, les voies de circulation sont désertes, les hangars qui abritaient les stocks de munitions restent ouverts à tous vents. Bref, une petite ville fantôme digne de la ruée vers l’or.

L’État et les collectivités locales y voient, pour leur part, une pépite : un site déjà sécurisé et suffisamment vaste pour expérimenter de nouvelles technologies en ayant les coudées franches. Le projet fait mouche car les terrains de jeu manquent en France pour tester les futurs véhicules autonomes ainsi que les infrastructures routières de demain, lesquelles devront se montrer tout aussi « intelligentes ». En 2001, le projet Transpolis est lancé par un établissement public de recherche, l’Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux) et par un consortium privé, Transpolis SAS. On y trouve sept entreprises – elles sont quatorze aujourd’hui – intéressées par ces nouvelles mobilités : Adetel Group, Aixam Groupe Polaris, Colas, Eve System, Volvo-Renault Trucks, Vibratec et le cluster européen Cara.

Vrais accidents contre fausses victimes

Grâce à une vingtaine de millions d’euros investis, le site s’est métamorphosé en une ville prototype. Certes, elle reste inhabitée mais ses rues sont désormais fréquentées par des mannequins de crash test et autres navettes autonomes. On y trouve de larges chaussées asphaltées, des feux rouges et des passages piétons. Un décor conçu pour tendre un piège aux voitures de demain. Dans cet univers robotisé, chercheurs et ingénieurs sont derrière leurs ordinateurs à piloter les expérimentations et à récolter les données. Les gigaoctets traversent Transpolis à la vitesse de l’éclair grâce à la fibre optique et à la 5G, dont Bouygues Telecom teste ici le déploiement. Depuis plusieurs mois, équipementiers et constructeurs automobiles se succèdent pour mettre au point leurs Adas, les aides à la conduite qui rendront les véhicules de demain autonomes et sûrs.

Pour arriver à un niveau de fiabilité irréprochable, Transpolis propose de multiples scénarios de crash tests urbains. Contrairement à Euro NCAP, on ne fracasse pas ici des voitures à la chaîne. On les laisse foncer sur d’autres véhicules, des piétons ou des cyclistes pour s’assurer qu’elles les évitent à temps. « Nous disposons de deux mannequins cyclistes et de trois piétons, dont un enfant » indique Philippe Vézin, chercheur à l’Ifsttar. Contrairement aux mannequins utilisés à l’UTAC par exemple, ceux de Transpolis ne sont pas bardés de capteurs pour reproduire les réactions au choc d’un corps humain. L’objectif recherché diffère : ils doivent offrir une silhouette la plus réaliste possible pour être détectés par les Adas. « Nous avons robotisé un cycliste pour qu’il tourne la tête ou qu’il tende le bras. Un mannequin piéton peut également tourner la tête », précise le scientifique. Dans son patrimoine, Transpolis compte également une GST (Global Soft Target), une berline blanche entièrement fabriquée en mousse qui ne craint donc ni les enfoncements de pare-chocs ni les coups de portière, même à des vitesses inhabituelles

 

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Manfred Essome
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