Victor Fotso, le « roi » maire de Pete-Bandjoun est décédé à Paris le 20 mars 2020

Victor Fotso, le « roi » maire de Pete-Bandjoun est décédé à Paris le 20 mars 2020

Sa dernière apparition publique était liée à l’élection de l’exécutif communal de la Commune de Pete-Bandjoun le 25 février dernier. Bien qu’affaibli, il ne donnait pas l’impression que le baobab « Djo » s’écroulerait définitivement moins d’un mois plus tard.

C’est par un tweet de la Cameroon radio and television (Crtv) que l’information a circulé comme une traînée de poudre : « Fotso Victor est décédé ce jour à Paris à l’âge de 94 ans ». Plusieurs fois il avait été annoncé mort, la dernière en mars 2017, une fois encore la veille de l’anniversaire du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Cette fois est la dernière, car la vraie.

Ses apparitions publiques étaient rares ces dernières années. Bien que ployant sous le poids de l’âge, il était apparu aux yeux de tous que la condamnation de son fils Yves-Michel à deux peines de prison à vie en 2012, avait été vécue comme un drame qui a brisé quelque chose en lui. Surtout que cela s’accompagnait de la perte du contrôle du fleuron de la famille, la Commercial Bank of Cameroon (Cbc), projet porté de bout en bout dès 1997 par l’héritier putatif tombé en disgrâce. Peu loquace, il n’avait rien laissé paraître de sa déception. C’est même sur un autre terrain qu’il avait fait été cité dans les potins : il venait de prendre une très jeune épouse.

Le 20 août 2019, son fils mourant a été admis à bénéficier de soins au Maroc dans ce que d’aucuns présentent comme un accord obtenu entre le régime que le vieux défendait avec hardiesse jusqu’au dernier jour et la famille Fotso, sous les bons auspices du Vatican à qui le milliardaire de Bandjoun a fait don d’un milliard Fcfa le 30 juillet 2019 pour la construction de la cathédrale de Bafoussam. Deux mois plus tôt, le 11 mai, il en faisait la promesse, soutenu par le bras, avec sa gouaille habituelle, lors d’une messe d’action de grâces pour remercier Dieu de l’avoir secouru après une maladie qui avait failli l’emporter et qui a finalement eu raison de lui dans un hôpital parisien ce vendredi.

Entrepreneur célèbre

Plus célèbre que plusieurs autres milliardaires pourtant mieux nantis que lui au Cameroun et à l’Ouest, y compris à Bandjoun, Victor Fotso a longtemps été le visage du capitaine d’industrie autodidacte, à la tête d’un empire industriel bâti avec l’aide du Français Jacques Lacombe, décédé le 9 juillet 1996. Le groupe Fotso, qui a bénéficié des mesures incitatives du régime Ahidjo pour la mise sur pied d’un tissu industriel national, est composé, entres autres de la Société Africaine de Fabrication de Cahiers (Safca), de la Société de fabrication de piles (Pilcam), de la Compagnie Internationale de Service (Cis), l’Union Allumettière Equatoriale (Unalor), la Société Camerounaise de Fermentations (Fermencam), la Socité de fabrication d’articles sanitaires et d’emballages (Fabassem), la Société de produits insecticides (Sopicam), la Socité de production des légumes (Proleg) ou encore Phytocam, Fisco et Gfa.

L’auteur de l’autobiographie Sur le chemin de Hiala (avec la collaboration avec Jean-Pierre Guyomard) a débuté sa carrière comme agriculteur à Bafang avant de se lancer dans le commerce dans les années 1950 à Mbalmayo aux côtés des commerçants grecs, français et libanais.

Un échec qui lui est resté en travers de la gorge est celui de la chaîne brassicole allemande Mützig qu’il avait fait venir au Cameroun et que Castel racheta pour le compte de la Société anonyme des Brasseries du Cameroun.

Bâtisseur du Bandjoun moderne

Devenu maire de Pete-Bandjoun en 1996, il participe d’une stratégie du pouvoir de Yaoundé de mobiliser les milliardaires bamiléké pour contrer le Social democratic front (Sdf) qui avait le vent en poupe et qui était présenté comme le parti anglo-bamiléké décidé à faire tomber le régime bulu de Biya. La stratégie s’avéra payante, notamment à Bana avec Joseph Kadji Defosso, à Bayangam avec André Sohaing et à Pete-Bandjoun. Victor Fotso est donc le dernier des Mohicans à quitter la scène, ses amis l’ayant précédé le 23 juillet 2015 (Sohaing) et le 23 août 2018 (Kadji).

Tout le plateau administratif de Poumougne est le fruit de son imagination et de son portefeuille : la préfecture, le palais de justice (ancienne mairie), l’hôtel de ville (l’un des plus impressionnants du pays, d’une valeur de 4 milliards de Fcfa, officiellement rétrocédé à l’Etat le 17 janvier dernier), la résidence du préfet, le marché central de Pete, entre autres. Lors de son premier mandat de maire, il s’évertua à doter Bandjoun de plusieurs axes bitumés avec les produits de la carrière dont l’exploitation est source d’importantes recettes municipales. Puis il rentra dans le rang. Se contentant de récolter la reconnaissance de Bandjoun pour l’ensemble de son œuvre. Depuis 2013, il a préparé sa fille Nicky-Love à prendre sa succession à la tête de la commune.

Pour la succession à la tête de l’empire, en l’absence d’Yves-Michel, de grosses batailles s’annoncent en perspective. Sa progéniture n’ayant pas attendu son départ pour mettre à nu des hostilités qui pourraient dépasser celles de la succession Soppo Priso.

Habitué à magnifier Bandjoun, il a construit dans plusieurs villes du pays des « foyers bandjoun » dont le plus grand est Etoa-Meki à Yaoundé. Pendant des décennies, il vêtait les associations de femmes Bandjoun du pays de pagnes colorés qui lui garantissait leur soutien indéfectible. Les bourses accordées aux jeunes et les milliers d’emplois créés dans ses différentes entreprises réservaient la part belle à ses frères du village.

C’est donc un roi – il avait reçu du roi Gnie Kamga les titres de Fo Wagap (Le roi qui ramasse et distribue) et Fo Gniapgoung (le roi qui bâtit le pays) – et même le roi tout court – il était l’alpha et l’omega des nominations dans le département du Koung-Khi et a pesé de son poids pour que l’actuel roi Bandjoun et sénateur Djomo Kamga soit désigné lors de la féroce succession de son prédécesseur – que Bandjoun, inconsolable, vient de perdre. Le roi est mort. Vive le roi !

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Auteur

Kamdem Souop
Kamdem Souop 343 Articles

Écrivain, éditeur et spécialiste de communication sur le changement de comportement social, il a dirigé le journal en ligne www.villesetcommunes.info et la WebTv www.villesetcommunes.tv de 2011 à 2020.

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