Bamendjou, le village sans bornes

Bamendjou, le village sans bornes

Takam II, Tagne Condom et Safaria viennent d’un village qui culmine à 1500 mètres d’altitude et habitue ses habitants à une température moyenne annuelle de 20°C. Villes & Communes vous fait découvrir dans cette édition Bamendjou, la ville du Chepan.

Prononcez “Lah tche tong sem”. S’il se trouve un ressortissant Bamendjou dans votre entourage, il se retournera vers vous, souriant, car il aura reconnu le doux nom par lequel les fils et filles de Bamendjou appellent leur village.

Situé à environ 10 km de Baham, le chef-lieu du département des Hauts-plateaux et à 15 km de Bafoussam, le chef-lieu de la région de l’Ouest, Bamendjou s’étend sur 80 km2. Une curiosité rend Bamendjou sympathique : c’est un village situé à 40 km de Bafang, 40 km de Bangangté, 40 km de Dschang et 40 km de Mbouda, mais aussi à égale distance de Douala et Yaoundé (270 km). Sa population, estimée à 75 000 âmes, est essentiellement composée d’agriculteurs.

A notre arrivée à Bamendjou, nous avons eu le privilège d’avoir pour guide Bo’oh Tamekouong, dit Nouwydjum, notable et directeur de publication du magazine Le Journal des villages, consacré à la promotion de la culture et des traditions des villages camerounais. Et notre guide a décidé, volontiers, de nous promener dans la communauté découpée en 23 quartiers. Il dit être fier de le faire, lui qui s’est installé au village en 1993, ayant succédé à son père, afin de donner envie au visiteur de revenir à Bamendjou, profiter à nouveau des beaux souvenirs qu’il en aurait gardés. Deux heures plus tard, il “fait la passe” au Conservateur du Musée qui complétera notre connaissance du village.

Bamendjou est un village entouré par Bansoa (au Nord), Bangam et Batie (au Sud), Fotouni et Baloum (à l’Ouest), Bameka et Bahouan (à l’Est).

Hôtel de ville de Bamendjou

Bamendjou est l’un des tout derniers groupements à avoir renoncé aux guerres intertribales. C’est en effet en 1970 qu’ a eu lieu le dernier litige foncier entre ce peuple et le peuple Baloum.

La rivière Chepan, un des affluents de la Mifi, traverse les quartiers Tounta, Mboum, Nkang, Tchukang et Meja, entre autres. Au quartier Tchukang, la rivière avait pour nom Chepan. L’on raconte que dans ce quartier se trouvait un certain Nzogatcha, venu, à ce qu’il semble, du Littoral. Mystique, il utilisait cette rivière rouge pour voyager partout dans la région de l’Ouest, transportant marchandises et personnes. Sa réputation grandissant, il asservit les peuplades à l’entour et devint Fo’o. Il appela Chepan l’ensemble des territoires qu’il asservît. Fo’o Taka’a, venu de Bansoa suite à un différent au sujet de la succession au trône, réussit par ruse et avec des alliés à soumettre Nzogatcha. Fo’o Taka’a, le fondateur de la dynastie régnante, accompagné de son état-major, le Mahjong, s’installa au milieu du XVème siècle à Nkouong-Nkeu, alors petit village carrefour de la contrée. C’est en effet par Nkouong-Nkeu que passaient les commerçants de tous les environs, qu’ils soient en route pour le Moungo ou de retour de là. Le Mahjong semait la terreur au passage des voyageurs, exigeant des péages aux passants. C’est ainsi qu’un commerçant et prince Baham, Tamissah (ou Tenessa), de retour chez lui et, donnant des nouvelles de son périple, regretta “juste le petit malheur” vécu à Chepan, pour parler du territoire baptisé plus tard “Moudjou”, ce qui signifie “localité des hommes du petit malheur”.

Bamendjou est le village qui a vu naître Joseph-Francis Sumegne si peu connu du grand public mais dont le “visage” a fait plusieurs fois le tour du monde, car trônant en toute majes- té et audace au Rond-point Déido à Douala. C’est en effet le père de “la statue de la nouvelle liberté”. Aurélien Chédjou, le lion indomptable du Football club de Lille, le fondateur du prêt-à-porter Super Boys, ou encore Didier Dzongang, de regrettée mémoire et l’un des tout premiers magistrats à la Cour suprême, en sont également les fils.

Les historiens évaluent à 4 000 âmes les pertes enregistrées à Bamendjou pendant la lutte pour l’indépendance du Cameroun. A cette époque, ses terres étaient le théâtre d’affrontements violents entre factions Momo Paul et Singap Martin du Sinistre de défense nationale du Kameroun (Sdnk) puis de l’Armée de libération nationale du Kameroun (Alnk).

Le Fo’o Jean Philippe Rameau Sokoudjou, dit Theudjou II Sokoudjou, roi des Bamendjou, a la particularité et il ne s’en cache pas, d’être frondeur et cela depuis sa jeunesse, lui qui accéda au trône en 1953… à 15 ans. Il a d’ailleurs été, de 1959 à 1960, enfermé dans les prisons les plus célèbres du pays: Dschang, Bafoussam, Doumé, Yoko et Yaoundé. Sa grande taille, sa voix de stentor et son verbe indocile ont fini de le faire étiqueter comme le Fo’o rebelle.

Bamendjou cumule seulement environ 5 km de bitume. Mais, pour 500 Fcfa, “bendskineurs”, “opep” et surtout de robustes et increvables cars “Saviem” sont prêts à braver poussière et gravillons pour vous emmener à Bamendjou où se dresse le bel immeuble qui sert d’hôtel de ville et qui doit soutenir, juste en face d’elle l’orgueil du château d’eau de la Camerounaise des eaux (Cde).

Bamendjou abrite la commune des communautés Bangam, Bameka, Bahouan et Bamendjou. L’actuel édile est l’ingénieur Emmanuel Mukam.

Bamendjou compte 20 écoles primaires, 2 Ces, 1 lycée classique, 1 Saar-Sm, 2 collèges privés laïcs et 1 collège confessionnel. Et le district de santé de Bamendjou, rassemble 1 hôpital de district et 8 centres de santé.

Le festival Chepan

Cet événement biennal en était à sa troisième édition cette année. En 2013, il coïncidera avec la commémoration du soixantenaire de l’accession au trône de Fo’o Sokoudjou. C’est la plus grande manifestation culturelle organisée dans le village, loin devant les funérailles regroupées en saison sèche. D’ailleurs ce festival se veut un galop d’essai pour l’organisation à l’échelle régionale du Festival des arts et de la culture Bamiléké.

Le notable blanc de Bamendjou

John Granville était un américain adopté par les Bamendjou au point où il y avait été élevé au rang de notable avec pour titre “Defo Sokoudjou”. C’était un volontaire américain, enseignant d’Anglais au Lycée classique de Bamendjou, qui, par ailleurs s’investissait en tant qu’accompagnateur des agriculteurs, Pair éducateur dans la lutte contre le Vih-Sida, encadreur des enfants de la rue et moniteur d’Anglais des adultes du village. Il avait réussi à trouver des emplois pour certains Bamendjou aux Etats-Unis et des bourses pour les jeunes filles du village. Cette intense activité en avait fait un “enfant du pays”. C’est donc avec peine que le village a été sevré de lui en 2007, lorsqu’après l’obtention de son PhD, il est envoyé comme diplomate au Soudan. Cet amoureux de l’Afrique y perdra la vie dans la nuit du 31 décembre 2007, tué de 5 balles dans la poitrine par les rebelles, lui qu’on disait très à cheval sur les questions de sécurité personnelle.

En grand notable qu’il fut, ses funérailles furent organisées le 24 mars 2009 et virent la participation de Janet Garvey, Ambassadeur des Usa au Cameroun qu’accompagnait une forte délégation.

Bamendjou n’a pas fini de prouver que ses bornes sont invisibles

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Auteur

Kamdem Souop
Kamdem Souop 299 Articles

Écrivain, éditeur et spécialiste de communication sur le changement de comportement social, il dirige le journal en ligne www.villesetcommunes.info et la chaîne de télévision www.villesetcommunes.tv.

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