EYONG TIKU: “Si chaque commune peut décerner un Prix spécial du cinéma de son territoire, ça peut être une bonne initiative pour faire redécoller notre 7ème art!”

EYONG TIKU: “Si chaque commune peut décerner un Prix spécial du cinéma de son territoire, ça peut être une bonne initiative pour faire redécoller notre 7ème art!”

Chercheur à L’Université de Maroua, région de l’Extrême-Nord, Eyong Tiku a mis en lumière l’importance des mythologies au service des productions cinématographiques post 1990, lors du colloque international de Yaoundé, organisé dans le cadre des Ecrans Noirs acte 23. Villes & Communes est allé à sa rencontre.

Villes & Communes: Que faut-il pour que le cinéma camerounais puisse connaitre des contenus innovants et non répétitifs en termes de films et séries ?

Eyong Tiku: Je vous remercie de la question. Je pense à mon avis qu’il faut travailler sur les mythes, parce que c’est là-bas qu’il y’a cette diversité au Cameroun. Par contre, ce que l’on trouve dans nos films sont pour la plupart des cultures importées, on a un modèle qu’on veut suivre, pourtant on n’appartient pas à cette vision extravertie. C’est mieux de prendre nos mythes. Le Cameroun possède 360 communes, si chaque commune peut décerner un Prix spécial du cinéma dans son territoire de compétence, ça peut être des bons signes pour un début.

Villes & Communes: Nous avons plus de 1722 villes au Cameroun, on parle de création et non suffisamment de formation des professionnels du cinéma, quel est l’équation qui fait problème ?

Eyong Tiku lors de son exposé au Colloque International de Yaoundé, Ecrans Noirs 2019.

Je pense à mon humble avis qu’il ne s’agit pas de formation. Il y’a ce que j’appelle « les cinémas du quartier » et après on peut toujours remodeler un film tourné, comme avec les romans dont les premières versions attirent l’audience. Ceux qui sont dans les quartiers ne veulent pas nécessairement des milliards pour des séances de tournage, non. Ils veulent être vus à la télé, c’est ça l’important. Donc les communes doivent être à la base. Si nous avons 1000 films produits par an, nous allons bien entendu faire une short List pour les meilleurs films, et ces derniers seront diffusés, et cela va promouvoir la culture. Cela conduira à la concurrence.

Villes & Communes: Quelle est la bonne formule pour allier qualité du contenu et revenus en termes de cinéma ?

E. T.: C’est très simple. Il faut associer l’éducation. Associer le film à l’éducation dans nos établissements scolaires, primaires et autres. Nous voyons nos jeunes enfants et frères faire des sketchs à la fin d’année ou lors des remises des bulletins, alors qu’ils sont soumis à des répétitions à moins d’un mois ou d’une semaine. Mais nous sommes impressionnés par les sketchs que nos enfants produisent. Si l’art du cinéma devient une matière au sein des écoles primaires, les communes vont profiter et les auteurs locaux vont aussi bénéficier de cet intérêt parce que c’est cela le plus important. Je prends l’exemple du film « Huds » en Inde produit en 1947, ce film parle de l’indépendance de l’Inde, de la situation du Pakistan que nous connaissons aujourd’hui. Ce sont des films classiques, mais qu’au-delà racontent des pays, des régions. Qu’es ce qui représente les personnes de telles ou telles régions ? Ce sont les mythes !

 

Entretien réalisé par Manfred ESSOME

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Manfred Essome
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