Opinion : Tic et management des systèmes institutionnels

Cet article rédigé en 1990 par le Docteur Paul Martin Lolo a été publié pour la première fois le 19 décembre 1990. Cinq après, la Revue trimestrielle d’information du Centre National de Développement Informatique (CENADI) publie cette réflexion dans son numéro «Spécial fibre 95» de mars 1995 dont la Une principale porte sur « L’informatique et le monde financier ». Un pavé dans la marre jetée par l’un des premiers véritables informaticiens du Cameroun. En effet à la différence de plusieurs autres informaticiens africains des années 1990, il a connu un parcours unique en se frottant à l’informatique dès la première année de ses études universitaires au Cameroun jusqu’à l’obtention de sa thèse en 1990 à l’université de Poitier grâce à une bourse du gouvernement camerounais obtenu en 1988. C’est aussi le Docteur Paul Martin Lolo qui a pourtant durant les 11 ans passés au ministère de l’Education nationale puis au ministère des Enseignements secondaires, posé les bases de l’ouverture d’une filière Technologie de l’Information et de la Communication dès la classe de seconde des lycées et collèges du Cameroun. Une bataille qu’il a menée face à l’opposition de plusieurs experts nationaux et étrangers. Tout comme le défi de l’informatisation des administrations camerounaises qu’il recommande depuis un quart de siècle.

Un des problèmes majeurs que doivent résoudre aujourd’hui les administrations publiques, parapubliques ou privées est sans doute le stockage et la diffusion d’une masse de plus en plus importante de documents, mais surtout le traitement de l’information pour qu’elle soit mise à la disposition de tous ceux qui participent à la prise de décision. Les flux d’informations, on le sait, conditionnent le bon fonctionnement d’une administration. Des informations disparates conservées sur du papier encombrant ou dans des fichiers anarchiques n’offrent pas les possibilités d’y accéder facilement, ne permettent pas d’assurer une gestion saine. Quel que soit le domaine d’activité, l’idée d’organiser les informations sous une forme claire et immédiatement accessible apparait comme une condition nécessaire à la bonne marche d’une administration.

L’informatique (définie comme la science du traitement de l’information) a apporté dès ses origines des effets structurants réels dans ce domaine. Grâce à la puissance de calcul des ordinateurs, on a accéléré le traitement des tâches de routine. Mais le système bureaucratique classique, puisqu’il est centralisateur, s’y est adapté sans toutefois chercher à détruire les méthodes existantes, de façon à faire face à des nouvelles exigences de rationalité dues au traitement automatique de l’information. C’est une des raisons pour lesquelles bien des tentatives d’informatisation de certaines administrations se solderont encore par des échecs.

Une autre raison relève du management proprement dit. L’information permet la prise de décision et elle crée le pouvoir : tandis que les agents d’exécution sont contraints de se concentrer sur le court terme, les détenteurs de l’information ont le privilège de pouvoir raisonner à long terme. Le détenteur de l’information se voit attribué une « zone d’incertitude » d’autant plus trouble qu’elle est vaste, et comme le souligne Michel Crozier, « le pouvoir d’un individu correspond à la zone d’incertitude qu’il contrôle »

Or les décideurs vont devoir faire face à un phénomène de médiatisation de l’information en raison de l’application des nouvelles technologies dans les administrations. Partout dans le monde se mettent en place de gigantesques chaînes structurées en réseaux nationaux, régionaux ou intercontinentaux, allant des sources de production aux demandeurs de l’information. Il suffit par exemple de posséder un terminal d’interrogation connecté national CAMPAC pour pouvoir accéder au réseau français TRANSPAC, au réseau européen EURONET, aux réseaux américains TYMNET, TELENET ou ATTACS, aux réseaux canadiens DATAPAC ou INFOSWICH, et consulter ainsi de proche en proche l’ensemble des bases et banques de données existant dans le monde.

Grâce à l’utilisation de nouveaux systèmes d’archivage à base de disques optiques numériques, grâce aussi au développement fulgurant des réseaux de télécommunication et de télédiffusion, en particulier les réseaux numériques à intégration de services (RNIS), capables de véhiculer des informations multimédias ; du téléphone à la vidéocommunication, ce n’est plus uniquement de l’information textuelle que l’on consultera, mais de l’information brute, c’est-à-dire du texte accompagné des images et du son. Comment les décideurs vont-ils s’accommoder de ces réalités ? Il est impératif que les acteurs et décideurs des systèmes institutionnels puissent communiquer et pour cela parlent le même langage. La médiatisation ayant comme la transcodification de l’information sous différentes formes (texte, images, son) indépendamment des supports physiques de stockage et de diffusion de celle-ci, cela implique la mise en place des procédures de normalisation pour que la valeur sémantique de cette information puisse être partagée et que les éléments du dialogue présentent bien une signification claire et acceptable par tous. Ces mutations technologiques devraient en effet avoir un impact important sur le management des systèmes institutionnels. Les administrations étant généralement considérées comme le terrain privilégié d’application des technologies avancées, la volonté de moderniser sans cesse leur fonctionnement implique une transformation importante des structures bureaucratiques mises en place. Cette nécessité s’est déjà révélée dans une moindre mesure il est vrai, avec l’introduction du traitement de texte dans les administrations.

Il devrait résulter en principe de la part des dirigeants un plus grand effort pour coordonner les stratégies d’acquisition, de sauvegarde et d’accès aux informations multimédias. Compte tenu de la sensibilité du domaine concerné, un accent particulier devra être porté sur les problèmes de sécurité et de confidentialité de ces informations. Ces fonctionnalités seront certainement davantage compliquées du fait de l’utilisation des nouveaux supports, de nouvelles techniques et de nouvelles méthodes d’organisation. Leur informatisation ne sera, il faut en être conscient, qu’un aspect parmi beaucoup d’autres d’une médiatisation accrue de l’information dont les conséquences sociales, économiques et juridiques, sont encore mal appréhendées.

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Auteur

Kamdem Souop
Kamdem Souop 301 Articles

Écrivain, éditeur et spécialiste de communication sur le changement de comportement social, il dirige le journal en ligne www.villesetcommunes.info et la chaîne de télévision www.villesetcommunes.tv.

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