COP 21 : Avancées et limites d’un accord historique

Le samedi 12 décembre 2015, les 195 pays représentés à Paris ont conclu au bout de deux semaines d’intenses tractations un accord qui fera date à la fois parce qu’il a réussi à concilier toutes les vues sur l’ampleur du désastre, mais aussi parce qu’il laisse malgré l’euphorie collective un goût d’échec dans le camp des pays africains qui ne polluent qu’à hauteur de 4% et qui contrairement à Copenhague 2009 s’exprimaient d’une voix unie. 

Avec un objectif de maintien de l’augmentation de la température moyenne à moins de 2°C d’ici à 2100, la 21ème Conférence des Parties sur le Climat de Paris s’était fixé un cap ambitieux. L’urgence de l’action rappelée par les différentes parties en présence le justifiaient sans doute. « Les pays en développement ou sur la voie de l’émergence » (Paul Biya) s’y rendaient avec le ferme espoir d’obtenir des superpuissances des engagements contraignants de financement des initiatives de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi des renforcements de capacités et transferts de technologies. « Sans préjudice des dotations accordées au titre de l’aide publique au développement et que l’accès aux sources de financement soit simplifié », a souligné le chef de l’Etat camerounais le 30 novembre 2015.

A Paris, aux côtés des autres chefs d’Etat du bassin du Lac Tchad, Paul Biya a lancé un appel pour le salut de cette étendue d’eau qui a perdu 90% de sa surface et son volume d’eau en un demi siècle.  De même, il a milité pour des actions visant à préserver le Bassin du Congo, deuxième poumon de l’humanité après l’Amazonie. Malgré ces appels qui supposaient, entre autres, une hausse et une stabilisation du prix du carbone – actuellement de l’ordre de 8 euros la tonne en novembre 2015 sur le marché européen, contre 30 euros en 2008 et qui a stagné à moins de 5 euros en 2013-2014 – séquestré dans cette partie du monde, les avancées de l’Accord de Paris restent limitées à plus d’un titre.

Pourtant les efforts fournis par le continent africain sur le terrain sont louables, lui qui pollue le moins l’atmosphère et qui attendait beaucoup de l’événement de Paris. A titre d’exemple, l’Union africaine a lancé en 2007 avec l’appui des partenaires au développement la Grande Muraille Verte (GMV), une initiative visant à mettre en œuvre sur la bande allant du Sénégal à Djibouti, des projets de gestion durable des ressources naturelles et d’amélioration des conditions de vie des populations rurales dans les zones sahéliennes affectées par la désertification. Coût de l’initiative : 1500 milliards de FCFA. En outre, la Commission des Forêts d’Afrique Centrale travaille à mobiliser des fonds pour la mise en œuvre du Plan de convergence pour la gestion durable des forêts du Bassin du Congo. Le Cameroun, quant à lui, travaille à l’élaboration de sa stratégie nationale REDD+ et le Programme National de Développement Participatif (PNDP), avec une longueur d’avance, met en œuvre, à titre pilote, un volet REDD+ qui bénéficie d’un financement de 3 millions d’euros du Contrat de Désendettement et de Développement (C2D).

Limites de l’Accord

Les parties s’accordent à reconnaître que la plus grande victoire du rendez-vous de Paris est la prise de conscience générale du phénomène et le désir d’œuvrer à la limitation de la hausse de la température « bien en deçà de 2°C », une révision « tous les 5 ans » de ces objectifs et une aide financière conséquente aux pays du Sud. Mais cela suppose des investissements massifs dans le reboisement des forêts, la limitation de la déforestation notamment du Bassin du Congo, le développement des énergies renouvelables et d’importantes mesures d’économies d’énergies.

Or le plus grand échec, d’après de nombreux observateurs écologistes, reste l’accent mis sur le volontariat, notamment l’engagement volontaire des Etats à réduire considérablement leurs émissions de gaz à effet de serre, avec une révision tous les 5 ans et l’introduction d’une révision obligatoire à partir de 2025. 186 pays ont pris cet engagement.

Le prix à payer pour le développement est lourd à payer, ont souligné des pays comme l’Inde qui souhaite le maintien de la ligne de fracture de 1992 entre pays développés et pays en développement. Pari gagné pour les seconds, car  les pays développés « doivent être à la pointe et se doter d’objectifs de réduction d’émissions en valeur absolue », alors que les pays en développement « devraient continuer à améliorer leurs efforts » de lutte contre le réchauffement, « à la lumière de leur situation nationale ».

La France, souhaitant donner l’exemple dans le règlement de la « dette écologique » du monde aux pays africains, comme l’a relevé François Hollande, promet d’ici à 2020 3 à 5 milliards dans la lutte contre les changements climatiques auxquels il faudra ajouter 2 milliards d’euros d’appui aux pays africains dans le cadre du développement des énergies renouvelables, l’Afrique souhaitant produire 300 GW d’énergies renouvelables d’ici à 2030.

Si des chefs d’Etat africains comme le sénégalais Macky Sall ont demandé que les pays pollueurs paient, ils n’ont pas été servis. L’accord de Paris, s’appuyant sur un engagement des pays riches de 2009 de verser 100 milliards par dès 2020 aux pays du Sud, n’a obtenu qu’une formule laconique : « les pays développés doivent apporter des ressources financières pour aider les pays en développement » à s’adapter aux effet du changements et à prendre des mesures pour réduire leurs émissions. Bien trop peu devant les défis à relever.

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