Manu Dibango : Le saxophoniste de légende a quitté la scène, emporté par le Covid-19

Manu Dibango : Le saxophoniste de légende a quitté la scène, emporté par le Covid-19

L’éléphant sawa a été terrassé ce 24 mars par l’invisible vermine qui met à genoux le monde entier. Le coronavirus a emporté à 86 ans le musicien de légende que le monde enviait au Cameroun.www.villesetcommunes.info publie, sous forme de recueil, l’hommage de quelques fans, atterrés. 

 

Kouam Tawa


LE NEGROPOLITAIN VOUS DIT ADIEU

Tout le monde en parle. Et à juste titre. L’homme aux mille vies a choisi cet étrange moment pour s’eclipser, nous laissant à nous-mêmes, à nos turpitudes et à nos lâchetés, apres nous avoir accompagné pendant si longtemps. Né au Cameroun, c’est en réalité le monde qui aura été son pays. Son saxophone en bandoulière, il l’aura arpenté de long en large, animé par le fou rêve d’en habiter tous les recoins. Simultanément. C’est parce que, au fond, il était possédé par un mignon démon, le démon de la curiosité. Du haut de sa taille altière et de son immanquable crane reluisant, Dibango était un laboratoire ambulant. Il ne cessa jamais d’apprendre. Il laisse derrière lui une oeuvre à la fois gigantesque et ineffaçable. Elle est un don non à un pays, mais au monde tout entier, qui fut sa véritable famille, et qui sut l’accueillir et lui offrir l’hospitalité dont il avait besoin pour creer. Puisse-t-il, à present, conserver l’héritage que nous laisse celui-là qui, il était une fois, se définissait lui-même comme un “Negropolitain”.

Achille Mbembe


L’ÂME CAMEROUNAISE DE MANU DIBANGO

La parution de cet album (lui aussi exceptionnel, mais méconnu), en 2002 sous le label de cette époque, JPS, marquait à la fois l’extension et la clôture d’une séquence de “retour au pays”, que le Vieux Manu avait initiée quelques années plus tôt avec le grandiose “Mboa Su” (1998). En effet, par une série de trois albums, Manu avait décidé de faire le chemin de retour vers le pays, en revenant à une signature sonore, orchestrale et musicale plus “camerounaise”, plus roots, plus authentique, moins mondialisée et davantage “makossa”, pour reprendre pied dans une maison (le Cameroun) et un public (les Camerounais) qu’il se sentait un peu coupable d’avoir abandonné par ses longues années de voltige dans les eaux de l’internationalisme musical et humain.

Pas la peine de m’étendre sur l’ouverture du jeu, “Mboa Su” dont le succès populaire fut, à mon sens, démesurément investi sur le duo époustouflant avec Douleur, alors que dans le restant des neuf titres, se cachaient de véritables trésors auditifs.

Par la suite, vint “Kamer feeling” (2000) qui fut loin de remporter le succès commercial qu’il méritait pourtant largement, avec là encore, une atmosphère sonore délibérément tournée vers les saveurs du pays. Ici, l’empreinte de Noël Ekwabi était totale, puisque le gros des chansons restitue une basse orgasmique qui allait aussi signer comme un testament pour cet autre génie de la musique, éternel compagnon de scène et de studio, mort une dizaine d’années plus tard, à Paris, lui aussi, d’un atroce cancer.

C’est ainsi que, deux ans plus tard, arriva “Kamer All Star” qui se trouve encore aisément en commerce (Mc Pop, à Yaoundé) et que je conseille à toute personne sérieuse d’acheter. Construit autour des quelques légendes du makossa et des musiques affinaitaires, il redonne à s’approprier Manu Dibango avec une texture qui sublime toutes les mesures et tous les superlatifs. Album méconnu, album perdu dans l’ignorance du grand nombre. Album qui nous donne aujourd’hui encore, en cette date d’insondable tragédie, de revire Manu Dibango, comme l’expérience d’une sorte de pied de nez au divin. “Kamer All Star” devait être le premier d’une longue série de trois, tous portés par le Vieux et tous hébergés chez JPS.

Personne sait réellement ce qui a interrompu cette longue marche dont l’horizon imaginé nous reste aujourd’hui comme un puissant testament d’une âme qui s’est entièrement donnée pour esquisser avec un souffle indéfinissable l’étendue du monde et des tragédies qui, en ces heures sombres, nous suggèrent de nous engager pleinement au beau et à l’amour.

Serge Alain Godong

 

MANU DIBANGO, L’HOMME AU SAXO

Ma main tremble au moment d’écrire ces trois mots qui tiennent du surréalisme: Manu est mort! La feuille blanche sous le stylo semble refuser obstinément de se prêter à un exercice relevant de la fiction: poser le point final d’une vie qui fut si pleine de vie qu’elle faisait corps avec elle. On en était arrivé à se convaincre que cette vie-là, parce qu’elle était différente d’une existence qui passe du jour au lendemain, était faite pour l’éternité. Mais voici que le coronavirus nous ramène brutalement sur terre , nous qui étions confortablement installés sur notre nuage musical. Honte à lui !

Mais il ne sera pas dit que ce tueur en série est venu à bout d’une légende qui , hier encore, emplissait l’air des notes mélodieuses du soixantième anniversaire d’une carrière menée tambour battant.

Alors , disons-le de toute la force de nos poumons: Manu Dibango est vivant! Imagine-t-on le “Soir au village ” se transforme en nuit ? Est-il possible que la gracieuse “Bintou” s’éclipse ? Comment croire que l’épopée conquérante de “Soul makossa” lancée comme un raid sur l’Amérique au debut des années 70 puisse sortir des esprits ? Ou encore que les vivats de l’Apollo ou de l’Olympia s’arrêtent sans susciter l’écho des scènes de Brasilia, de Yaoundé ou de Johannesburg? Non, le saxophone balladeur de Monsieur Dibango ne saurait arrêter sa course. Ses doigts sur le piano ou ses mains courant sur le vibraphone resteront davantage qu’un souvenir: une présence.

Le bilan de cette carrière multiforme n’est décidément pas possible. Tout au plus dira-t-on que la musique universelle lui doit d’avoir montré la voie de la world music et de l’afro jazz. Que le makossa lui doit d’avoir franchi les portes des places mythiques du show business. Que le reggae s’est enrichi de deux rayons du soleil africain (“Ambassador” et “Gone Clear”). Que l’afro beat a reçu de lui un lumineux coup de pouce ( ” Home made”).

Et le Cameroun dans tout ça? Chahuteur comme il sait l’être. Ce n’est certainement pas un hasard que l’un des tout derniers projets de Manu Dibango, la célébration de ses 60 ans de musique sur nos scènes de Yaoundé et Douala, se soit évanoui dans des querelles de clocher. Cela n’empêchera pas les larmes de crocodile de ruisseler.

Alain Belibi


MANU DIBANGO N’EST PLUS !

Il vient d’être terrassé par le Coronavirus. Depuis la semaine dernière, sa famille nous a réconfortés, nous prescrivant en revanche de respecter sa vie privée. Nous avons acquiescé. Aujourd’hui, il est parti. Que sa

famille comprenne que ce monument de la musique de niveau mondial, fierté de notre culture ne lui appartenait pas à elle seule. Elle est certainement plus affligée que nous, mais qu’elle sache que notre douleur est aussi grande, et que nous nous devons de rendre un vibrant hommage à un homme que l’on ne voit que comme une météorite, tant sa vie artistique aura été pleine et riche.

Ces années sont passées très vite, il n’y avait aucun déchet dans son œuvre. Il a donné toute sa vie à la musique. Communiquant de très haut vol, il savait défendre ses positions et parlait d’une mondialisation qu’il vivait dans son quotidien, ayant d’ailleurs joué avec une bonne partie des grands musiciens de ce monde.

Ce qu’il faut surtout retenir de ce grand de la musique est sa grande simplicité et l’humilité d’un homme qui avait le rire contagieux. Une époque s’éteint avec sa mort, car il était un puriste de la mélodie comme on en trouve plus; aujourd’hui, les paroles ont pris le pas sur le raffinement mélodique.

Je l’ai apprécié dans la mystique de son genre surfant sur la musique d’ambiance portée par un instrumental recherché et rare. Des mélodies on ne peut plus magiques que je pense être venues d’une inspiration très profonde et lointaine. Je me surpris à réécouter Baobab sunset ce matin, en ces temps durs de regrets, oeuvre instrumentale sous un fond mélancolique qui me permit souvent de m’élever; il est le seul à en connaître les recettes. Nous ne l’écouterons plus jamais en live, mais nous l’écouterons tous les jours, son œuvre est inoxydable et anachronique pour n’être qu’éternelle.

Mon cher Manu, tu faisais des émules par les airs uniques de ton saxo, je les aurais reconnus sur mille sons, ils étaient ton ADN. Tu fais partie des très très grands, de ceux qui ne meurent jamais… Je te fais une respectueuse révérence

Un fervent admirateur, Colonel (R) Didier Badjeck


“ÇA Y EST ! IL A CASSE LE MICRO !  HE HE HE …”

Mosaïques, hors série spécial Manu Dibango, il y a quelques semaines. Prémonition?

Patrimoine de l’humanité. “Ça y est ! Il a cassé le micro ! Hé hé hé…” On n’entendra plus son grand rire goguenard. Sauf peut être dans nos mémoires et nos discothèques. Quand au milieu du brouhaha actuel élevé au rang de musique, nous serions en manque, drogués impénitents que nous sommes, de mélodies suaves de l’artiste stéréo par excellence.

J’aimerais bien être convaincu qu’il jouera du saxo au milieu des saintes cohortes hein ! Sinon tout cela aurait servi à quoi ?

Mon Dieu ! L’éléphant a été terrassé par le Covid-19, un truc invisible à l’oeil nu, lui qui en a vu d’autres et s’en est tiré avec des titres plus savoureux les uns que les autres.

Le Musicien s’est barré. Il y a un silence si pesant…
C’est même quoi la vie ?

Kamdem Souop


SILENCE MUSICAL
On n’entendra plus son rire gras…mais, le silence musical qui suit, restera toujours de lui…
Manu Dibango (1933-2020)

Joseph Owona Ntsama

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