Commune de Ngwei: les communautés locales désarmées face à l’exploitation illégale des forêts

Commune de Ngwei: les communautés locales désarmées face à l’exploitation illégale des forêts

A commencer par le maire de cette commune située dans le département de la Sanaga Maritime, région du Littoral, les riverains affirment ne pas disposer de moyens pour empêcher l’exploitation abusive et illégale du couvert forestier. 

Le maire de la commune de Ngwei et les populations des 29 villages sont sans force. Ils vivent tous dans un sous développement criard. Pas d’accès à l’eau potable, l’électricité n’est pas la chose la mieux partagée malgré la présente de l’unité de production de Songloulou à une vingtaine de kilomètre de la commune. En 2013, au début du mandat de Ngock Ngock, le maire, l’on comptait vingt-deux puits et quarante-cinq forages d’eau opérationnels. Au même moment quatre Scans water attendaient leur réhabilitation alors que les  populations ont choisi de s’abreuver principalement dans les sources non aménagées.

Ce niveau de sous développement tranche avec le potentiel du couvert forestier de cette commune. L’on y dénombre plusieurs essences avec une forte dominance du Sapeli, et l’Ekop Beli. Cette dernière est très prisée actuellement sur le marché international notamment celui de la Chine. Selon les informations de terrains, c’est d’ailleurs dans cette destination que le bois illégalement exploité dans les villages Ebombé, Logboi, Mapoubi et Ngwei I par l’entreprise forestière les Grandes Scieries d’Edéa depuis novembre 2015 est acheminé sur la barbe des autorités municipales et des représentants des riverains.

« Nous n’avons pas de moyens d’actions sur l’exploitation forestière qui se déroule dans notre commune » informe Ngock Ngock, le maire de la commune de Ngwei. Et d’ajouter qu’il compte sur l’implication des ministères sectoriels qui maîtrisent le côté technique de tout ce qui se passe. La seule préoccupation de la mairie est de contrôler si les entreprises forestières ont payé quelques choses dans les caisses. Notamment 2000 FCFA par mètre cubes pour la commune et 1500 pour les populations riveraines. Le reste des ressources financières sont attendus de la Redevance forestière annuelle (RFA). A l’exception de ce suivi de la rente forestière « techniquement nous n’avons pas d’emprise sur nos forêts et on ne peut pas les contrôler lorsqu’ils sont en pleine exploitation à l’intérieur de la commune. Tout est fait au niveau de l’administration des forêts et de la faune » explique le maire.

L’inspecteur des impôts qui dirige aujourd’hui la mairie située à Makondo est à la recherche d’une expertise nécessaire puisque sa mairie ne dispose pas d’un service de foresterie et de faune au sein de la mairie. Les textes en matière de recrutement du personnel limite son action. La mairie est donc simplement à l’écart du contrôle de l’exploitation forestière. A titre illustratif, Ngock Ngock cite le cas des 700 mètres cube de bois abandonnés depuis 2011 par la société de Construction moderne du Cameroun (Comoca) que dirige Anatole Nguidjol, un conseiller municipal.  « La mairie a fait un inventaire des billes de bois qui étaient abandonnées sur le site de Ngwei I. Et nous avons demandé à l’administration des forêts et de la faune, la possibilité d’exploiter ce bois pour faire les table-bancs pour l’ensemble des établissements scolaires de l’arrondissement. Mais le ministère des Forêts et de la faune nous a répondu que nous n’avons pas d’agrément pour exercer dans cette filière » regrette le maire.

Le décret d’attribution de la forêt communal est attendu

Même après les inventaires que la mairie a impulsé, aucun franc n’a été reversé dans les caisses de l’administration fiscale. La seule satisfaction aujourd’hui c’est la centralisation de la RFA qui est reversé directement à la mairie à hauteur de 50%. Au grand dame des populations riveraines qui ont perdu leur quote-part de 10% depuis l’exercice budgétaire 2015. en 2014, les 20 millions FCFA obtenus de la RFA ont permis à la mairie de procéder à l’électrification rurale sur 5 km. Face à cette situation qui éloigne désormais les populations riveraines de la gestion forestière, Luc Ndèbè, président du Comité riverain de la commune de Ngwei s’arrache les cheveux de la tête lorsqu’il voit les camions de l’entreprise les Grandes scieries d’Edéa quitter la forêt pour s’élancer sur l’axe Douala Yaoundé. « Ces billes de bois n’ont pas le marteau de l’administration forestière. Tout est fait dans l’illégalité depuis novembre 2015. L’enlèvement du bois n’a pas été bien conduit. Il y a encore de nombreuses billes de bois en abandon dans les anciens parcs. Mais contre toute attente, nous avons constaté que de nouvelles coupes se développent dans nos forêts» explique Luc Ndèbè.

Cette illégalité prospère sans interférence de la délégation départementale des Forêts et de la faune. Ouvrant ainsi les portes au non respect de l’environnement. Les entreprises qui alimentent cette exploitation illégale vont même jusqu’à la zone 30 qui interdit l’exploitation à proximité d’un cours d’eau. Mais l’on a bien vu l’obstruction du cours d’eau Itanda. Le cours d’eau est coupé en deux, les responsables des entreprises débardent dans l’eau et pourtant la rivière arrose plusieurs villages de cette commune en panne d’infrastructure de développement économique. En attendant de voir plus clair dans l’exploitation illégale qui a cours, les autorités municipales et les populations riveraines ont les yeux rivés sur la construction de l’hôtel de ville sur financement du Feicom. Le maire espère reprendre le contrôle du couvert forestier communal avec le processus  en cours de constitution d’une forêt communale de 38 000 hectares.

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Kamdem Souop
Kamdem Souop 343 Articles

Écrivain, éditeur et spécialiste de communication sur le changement de comportement social, il a dirigé le journal en ligne www.villesetcommunes.info et la WebTv www.villesetcommunes.tv de 2011 à 2020.

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