Tunisie – municipales 2018 : Polémiques autour des candidatures féminines

Tunisie – municipales 2018 : Polémiques autour des candidatures féminines

Quelques jours seulement après le début de la campagne pour les municipales du 6 mai prochain, les polémiques se multiplient. Parmi elles, le profil de certaines candidates.

Près de la moitié des candidats aux municipales sont des candidates. La parité verticale est donc devenue une réalité en Tunisie. Pour la parité horizontale, il faudra encore patienter : seules 30% des femmes sont têtes de liste. En 2014, elles n’étaient que 13% à les présider.

Mais la pilule n’est pas passée pour tout le monde. Quelques voix dissidentes remettent en cause l’adéquation de tels critères avec la composition politique du pays, estimant que la participation des femmes y est encore trop faible pour imposer de telles conditions. La parité verticale et horizontale imposées par la loi électorale a d’ailleurs valu à de nombreuses listes d’être invalidées par l’ISIE lors de la première échéance de dépôt des candidatures : 14 listes concernées de Nidaa Tounes, une d’Ennahdha, ou encore sept listes de Machrou Tounes.

Mais cette parité imposée ne cache-t-elle pas une misogynie latente ? Saida Ounissi, porte-parole d’Ennahdha, s’est indigné de l’exploitation de l’image des femmes à des fins politiciennes pendant la campagne. La porte-parole estime que les candidates en étaient parfois réduites à n’être que des « véhicules de slogan ».

Derrière ces mots, Saida Ounissi semble aussi balayer devant sa propre porte – et son propre parti. La candidature de Salima Ben Soltane l’illustre bien. Dentiste native de la ville, elle s’est présentée à la mairie de Sidi Bou Saïd en tant que candidate indépendante, en tête de la liste d’Ennahdha. Celle que la presse tunisienne a surnommée « la blonde »  signe là encore de cette misogynie latente qui imprègne la scène politique tunisienne. Elle a été perçue comme le nouveau fer de lance de la stratégie de communication du parti à destination des banlieues chics du nord de la capitale.

Dans l’hypothèse où le parti use bel et bien de l’image de sa candidate, le débat sur la présence des femmes à ces municipales n’a pas arrangé les choses. Il s’est fait principalement sur la forme, sur leurs formes et leurs choix vestimentaires. La couverture médiatique s’est focalisée d’abord sur le port du voile, les mœurs et apparences, mettant au second plan le débat sur les programmes et projets politiques qu’elles portent. Preuve par l’exemple que la position des femmes en politique reste fragilisée par les codes qui régissent le paysage social.

Source : JEUNE AFRIQUE

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Manfred Essome
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