Umushyikirano 2018 : Le Rwanda, un pays qui articule réconciliation et développement

Umushyikirano 2018 : Le Rwanda, un pays qui articule réconciliation et développement

Devoir de mémoire et nécessité de planifier de manière participative le développement caractérisent le mode de gouvernance du Rwanda.

Il y a comme une obligation morale de découvrir le Rwanda par deux passages incontournables : le Mémorial du génocide de Kigali et le Musée de la Campagne contre le génocide. On n’en sort pas indemne. Déjà parce qu’on ne guérit presque jamais du type de drame qui a frappé ce pays entre le 07 avril et le 07 juillet 1994. Un génocide laisse des traces indélébiles physiques, psychologiques, sociales, culturelles, dans la vie du peuple qui en a été marqué. Comme le disent les survivants des films diffusés dans les deux lieux de mémoire situés à Gisozi (Mémorial) et au Parlement (Musée), « il y a d’abord ce qui a été longtemps l’absence des aînés ». Au lendemain de l’indicible événement, le pays s’est réveillé avec une population composée essentiellement des jeunes, notamment du côté des tutsis. C’est peut-être et sans doute ce qui a permis au pays de se relever aussi rapidement au point de devenir en 2016 le 7e pays le mieux géré au monde, selon le World Economic Forum.

Puis, il y a les blessures familiales dans les différentes villes et les villages où la lame des génocidaires a ôté tant de vies au plus fort d’une haine avivée et attisée par des calculs politiciens. Comme le disent ces mêmes survivants, « il est difficile après, de faire confiance à nouveau à autrui, car bien souvent, les tueurs étaient les plus proches voisins des victimes, pour ne pas dire des amis et frères ». Heureusement que c’est seulement difficile, mais pas impossible. Car les gens réapprennent à se parler, se pardonner, vivre à nouveau ensemble et surtout construire ensemble un lieu commun d’histoire et d’avenir. Ce qui donne tout son sens au travail de mémoire qui est fait pour que citoyens rwandais – c’est ainsi et ainsi seulement qu’est fondée la nouvelle identité de ce pays, exit les anciennes formules ethniques triangulaires : Hutu, Tutsis, Twa – mais aussi les touristes et visiteurs n’oublient pas ce qui s’est passé il y a tout juste une génération et apprécient à sa juste valeur le bond qualitatif et quantitatif opéré par ce pays sur la voie de son développement en justement une génération.

Si au Mémorial, premier arrêt, il est plus question du drame et de ses victimes à qui on a trouvé le moyen et le lieu d’une sépulture digne – le guide évoque quelques 259 000 corps ou restes de corps rassemblés et inhumés dans des tombes collectives –, au Musée par contre, situé dans ce qui fut le lieu de refuge des hommes et femmes politiques du Front Patriotique Rwandais (FPR) pendant les trois mois de l’horreur, l’accent est plutôt mis sur la stratégie menée sous la houlette du général Paul Kagame et « le 3e Bataillon » composé de 600 hommes et femmes héroïques pour mettre hors d’état de nuire les derniers bastions de 12000 génocidaires assoiffés de sang.

Se souvenir, oui. Se souvenir pour faire le deuil et pour avancer sur le tracé de nouvelles habitudes de vie fondées sur des valeurs identifiées ensemble et partagées, construites ensemble et évaluées périodiquement ensemble. Et l’Umushyikirano y contribue de manière significative.

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Kamdem Souop
Kamdem Souop 299 Articles

Écrivain, éditeur et spécialiste de communication sur le changement de comportement social, il dirige le journal en ligne www.villesetcommunes.info et la chaîne de télévision www.villesetcommunes.tv.

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