Sommet Climate Chance : les acteurs locaux se mobilisent contre le réchauffement climatique

Sommet Climate Chance : les acteurs locaux se mobilisent contre le réchauffement climatique

Le deuxième sommet africain sur le climat à Accra, au Ghana du 16 au 18 Octobre 2019 a accouché de perspectives. Participants issus de la société civile et responsables territoriaux ont souligné l’urgence de trouver des solutions plus locales au réchauffement climatique.

Entre les besoins de financement qui sont en priorité destinés aux États, les projets qui se concentrent uniquement dans certaines zones, des différences entre grandes villes et campagnes : les maires et responsables territoriaux africains avaient beaucoup de choses à dire à la tribune du Sommet africain sur le climat, qui s’est tenu du 16 au 18 octobre à Accra, la capitale du Ghana. Leur prise de parole était très attendue quelques semaines seulement après la rencontre extraordinaire de New York sur le climat du 24 septembre dernier.

Ils ont eu toute la latitude justement lors de ce rassemblement pour évoquer toutes leurs problématiques alors qu’ils se retrouvent bien souvent en première ligne dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le récent rapport du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) sur le réchauffement de la planète confirme sans équivoque que la mise en œuvre des contributions en vigueur déterminées au niveau national ne suffira pas à limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C. Alors, quel rôle tous les autres acteurs au niveau local peuvent*ils jouer  ? Pourquoi un sommet uniquement en Afrique  ? Quels sont les grands enjeux à venir pour le continent  ?

Les acteurs locaux prennent le leadership

Lancée en 2017, l’association Climate Chance et son corollaire, le Sommet africain du climat, ont été initiés par le Français Roman Dantec, sénateur écologiste à Nantes. Le premier sommet qui s’est tenu à Abidjan, en Côte d’Ivoire, l’an dernier a jeté les bases d’une plus grande collaboration des acteurs non étatiques tant africains qu’étrangers, notamment européens. « L’Afrique est une priorité pour notre association mondiale parce que l’Afrique a montré qu’elle faisait partie de la solution au changement climatique. Et nous devons développer des stratégies dans les domaines de la finance pour maintenir les questions en tête de l’agenda en Afrique », a-t-il déclaré. Dans le prolongement de ses actions, l’association Climate Chance a lancé à l’été 2018 une carte interactive qui rassemble les projets et initiatives sur le climat. Résultats : les actions sont de plus en plus visibles et démontrent que le continent n’est pas en reste dans la prise de conscience du changement climatique.

L’Afrique est le continent le plus vulnérable où les enjeux de développement et de réduction de la pauvreté impliquent des politiques de développement cohérentes adaptées à la réalité du terrain. Depuis le début du siècle, la population urbaine en Afrique subsaharienne a augmenté de plus de 200 millions de personnes. En raison de cette hausse, les menaces liées au changement climatique font peser un risque jugé « extrême ». En substance, les populations en croissance rapide agissent comme « un catalyseur de risques dans les villes à faible revenu avec une infrastructure publique médiocre et des mécanismes de réponse aux catastrophes inadéquats », avec davantage de personnes exerçant une pression sur des ressources limitées, avait déjà averti l’ONU. Intervenant à cette occasion, la ministre ghanéenne du gouvernement local et du développement rural, Hajia Aliha Mahama, a relevé l’importance d’intégrer des actions relatives au climat dans le plan de développement des villes. « Il est important de mettre en œuvre des actions concrètes au niveau local pour faire face au changement climatique », a assurée l’hôtesse de l’événement, relevant le rôle du secteur privé et de la coopération entre les villes africaines pour partager l’expérience et l’expertise en la matière. La ministre a mis l’accent, à cet effet, sur la Convention des maires en Afrique subsaharienne (CoM SSA) qui vise à soutenir les villes africaines pour faire face au changement climatique en augmentant leur capacité de planification et en leur fournissant une plateforme où elles peuvent partager leur savoir et leurs bonnes pratiques.

Des exemples concrets

De son côté, le maire d’Accra, Mohamed Adjei Sowah, a noté que le moment est venu pour l’action, appelant à mettre en place des stratégies claires répondant aux besoins des citoyens en matière de lutte contre les changements climatiques. « Le lien direct que nous (les maires) avons avec nos citoyens et l’impact que les villes peuvent avoir sur la vie quotidienne des gens en font l’un des niveaux d’action les plus pertinents pour lutter contre le changement climatique », a encore déclaré le maire d’Accra. Ce dernier, qui est ambassadeur de la Convention mondiale des maires, a d’ailleurs été reconnu parmi les « sept meilleurs projets climatiques au monde » de l’année 2019 pour son projet d’extension de la collecte des déchets informels. « Accra est déterminé à poursuivre son action urgente sur le changement climatique et à être un acteur proactif en association avec des partenaires locaux et internationaux pour mettre en œuvre des initiatives locales audacieuses qui ont un impact à l’échelle mondiale » a-t-il souligné.

Le président ghanéen, qui est, intervenu jeudi 17 octobre, abonde dans le même sens. Il a appelé dans une adresse aux participants à des actions plus résolues car les changements climatiques constituent, selon lui, la plus grande menace pour la réalisation des objectifs de développement durable (ODD). « C’est nous qui, en Afrique, en souffrons le plus, du fait que nos économies faibles sont les plus exposées aux effets du changement climatique et que notre capacité à faire face à ses dégâts est réduite », a-t-il déclaré. « Nous devons prendre des mesures concrètes et proactives pour limiter les activités humaines qui mettent en danger notre planète », a ajouté le chef de l’État ghanéen.

Attirer les ressources vers les acteurs locaux

Pour sa part, le secrétaire général de Cités et Gouvernement locaux unis d’Afrique (CGLU Afrique), Jean Pierre Elong Mbassi, a noté que les gouvernements locaux ont un rôle important à jouer dans la lutte contre le changement climatique, soulignant que les collectivités locales sont les premières concernées par les effets du changement climatique. « Pour cette raison, les gouvernements sont appelés à ouvrir des consultations avec les collectivités locales et à leur attribuer les ressources nécessaires pour jouer le rôle qui leur revient dans la mise en œuvre des contributions déterminées au niveau national (CDN) », a-t-il dit.

Une analyse récente de la SFI (la Société financière internationale) a révélé des opportunités d’investissement dans le climat de plus de 1,5 billion de dollars dans les villes d’Afrique subsaharienne, avec la plus grande part dans les bâtiments écologiques (768 milliards de dollars), les véhicules électriques (344 milliards de dollars) et les transports en commun (159 milliards de dollars). Les villes du continent prennent déjà des mesures dans ces secteurs. Parmi les initiatives ambitieuses, citons la ville de Johannesburg qui a émis la première obligation verte jamais émise par une ville du C40, l’investissement novateur Vivre avec l’eau de la ville de Dakar dans les infrastructures et les partenariats visant à lutter contre les crues éclair, et 11 villes africaines C40 se sont engagées à élaborer des plans d’action pour le climat conformes à l’accord de Paris d’ici à la fin de 2020. Assurer un financement adéquat sera essentiel pour aider les villes à libérer leur potentiel de transformation. Mais toutes les villes ne sont pas logées à la même enseigne. « C’est ma campagne qui nourrit la ville, mais c’est la ville qui a accès aux financements pour le développement », alerte M. Akobi, à la tête du Groupement intercommunal des collines situé au Bénin. De quoi affirmer que les discussions sont loin d’être closes.

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Manfred Essome
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