Savina Claudia Ammassari : « Il est prévu une mobilisation des collectivités territoriales décentralisées, pour favoriser l’accès aux services de lutte VIH/SIDA »

Savina Claudia Ammassari : « Il est prévu une mobilisation des collectivités territoriales décentralisées, pour favoriser l’accès aux services de lutte VIH/SIDA »

Le Cameroun a célébré avec l’ensemble de la communauté internationale, la journée mondiale du SIDA édition 32. Parée sous le thème «  les organisations communautaires font la différence », les États continuent de se mobiliser afin de mettre un terme à cette terrible pandémie. Selon ONUSIDA environ 540.000 personnes vivaient avec le VIH en 2018. Cette année on estime qu’il a eu 23000 nouvelles infections et environ 18000 personnes sont mortes de maladies liées à cette épidémie.  Depuis le 1er mai 2007, les médicaments antirétroviraux sont délivrés gratuitement dans les services de santé publique au Cameroun. Villes & Communes est allé à la rencontre de la Directrice d’ONUSIDA-Cameroun.

Villes & Communes : Depuis votre arrivée au Cameroun en qualité de Directrice ONUSIDA, quels chantiers souhaitez-vous améliorer dans la lutte contre le sida ?

Savina Claudia Ammassari : Beaucoup de progrès ont été faits au Cameroon dans la lutte contre le VIH/Sida en tant que menace pour la santé publique. Les efforts déployés par le Ministère de la Santé Publique et le Comité National de Lutte contre le SIDA pour mettre fin à l’épidémie sont louables. Toutefois, beaucoup reste encore à faire. Seulement 56% des 540000 personnes vivant avec le VIH au Cameroun connaissent leur statut sérologique. Près de la moitié de ces personnes n’ont pas encore été diagnostiquées, donc ne peuvent bénéficier du traitement antirétroviral et donc atteindre un charge virale indétectable pour mener une longue vie en bonne santé. C’est pour cela qu’ONUSIDA Cameroon appuie le Gouvernement et ses partenaires pour promouvoir le dépistage VIH surtout parmi les jeunes et des groupes de population plus vulnérables à l’infection du VIH. Comme dans d’autres pays en Afrique sub-saharienne, les jeunes femmes et les adolescentes sont plus susceptibles d’être infectées par le virus. Au Cameroon, celles âgées de 15 à 24 ans sont neuf fois plus souvent infectées par le VIH que les jeunes hommes et adolescents du même âge, raison pour laquelle ONUSIDA Cameroon fait du plaidoyer pour cibler les activités de prévention davantage sur les jeunes femmes et les adolescentes. Nous soutenons le Programme Nationale de lutte contre le Sida afin de mettre en œuvre des stratégies de prévention combinées ciblant les groupes les plus touchés par le VIH afin de réduire les nouvelles infections et mettre fin à l’épidémie d’ici à 2030. Un autre important chantier que nous soutenons est l’élimination de la transmission du VIH de mère à enfant et le dépistage précoce des enfants nés de mère séropositive ainsi que la prise en charge des enfants vivant avec le VIH. Seulement environ un sur quatre d’entre eux bénéficie de traitement antirétroviral au Cameroun, contre 93% des adultes qui connaissent leur statut VIH.

Villes & Communes : Vous avez récemment signé en 2019 une convention avec l’association Communes et Villes Unies du Cameroun (CVUC) pour des actions urbaines. En quoi consiste ce partenariat pour le citoyen ?

Savina Claudia Ammassari : Le Cameroun a adhéré à l’initiative Fast-Track Cities à travers la signature des différentes Déclarations (Paris en 2014, Douala en 2015 et Bandjoun en 2017). Dans le cadre de sa riposte au VIH il est prévu que les grandes villes du pays soient mobilisées par le biais des collectivités territoriales décentralisées (communautés urbaines et mairies) pour mener des activités de prévention et de réduction de la stigmatisation afin de favoriser l’accès aux services VIH/Sida.

Dr Savina Ammassari en présence des lauréats du concours “Affiche ton message contre le VIH à Yaoundé

Avec une prévalence au VIH de 4,4 % (CAMPHIA 2017), la ville de Yaoundé a été sélectionnée comme l’une des 20 villes prioritaires pour la mise en œuvre de cette initiative. L’objectif est d’accélérer la riposte à l’épidémie dans les sept municipalités qui composent la ville de Yaoundé et la communauté urbaine Ceci concerne principalement surtout la prévention, le traitement et la lutte contre la stigmatisation. ONUSIDA Cameroon accompagne les collectivités territoriales décentralisées dans l’amélioration du cadre opérationnel des interventions de riposte au VIH et le cadre de suivi-évaluation des interventions pour la collecte des données nécessaire pour la prise de décision.

 

Villes & Communes : La lutte se concentre-t-elle uniquement aux zones urbaines et périurbaines au Cameroun ?

Savina Claudia Ammassari : La lutte contre le VIH/Sida ne se concentre pas uniquement sur les zones urbaines ou périurbaines au Cameroun, mais ces zones sont ciblées tout particulièrement car l’épidémie est en général concentrée surtout en milieu urbain. Ceci est dû au fait que certains comportements à risque d’infection du VIH, comme par exemple le travail du sexe sans l’utilisation régulière des préservatifs ou l’injection des drogues avec des aiguilles/seringues non stériles, sont plus prévalent dans les villes.

 

Villes & Communes : Combien d’Organisations communautaires travaillent avec ONUSIDA au Cameroun ? Y’a-t-il des difficultés dans l’exercice de cette mission ?

Savina Claudia Ammassari : Nous sommes convaincus que le succès de la lutte contre le VIH relève d’un fort engagement des organisations communautaires et surtout des réseaux de personnes vivant avec le VIH. C’est pour cela que nous travaillons avec nombre de ces structures et que nous nous félicitons que le thème de la 32ème édition de la Journée Mondiale de Lutte contre le Sida ait été « Les communautés font la différence ». Au Cameroun nous travaillons avec ces organisations pour intensifier la prévention VIH, promouvoir le dépistage, ramener les « perdus de vue » sous traitement antirétroviral afin que leur charge virale soit réduite, élargir la dispensation communautaire, réduire la stigmatisation et la discrimination, etc. Malheureusement, la réponse communautaire s’est plutôt affaiblie ces dernières années. C’est une tendance qu’il faut absolument inverser car, lorsque les communautés s’organisent et qu’elles s’engagent davantage, de bien meilleurs résultats peuvent être atteints. Chacun a un rôle clé à jouer dans la riposte au VIH – conseillers pair à pair, agents de santé communautaires, prestataires de services de porte à porte, militants locaux et réseaux de personnes vivant avec ou affectées par le VIH. Le leadership communautaire dans la riposte au VIH/Sida est vraiment essentiel.

 

Villes & Communes : Que vaut le résultat en termes de chiffres d’ONUSIDA-Cameroun en termes de recherches et taux prévalence ? Y’a-t-il eu des avancées en la matière ?

Savina Claudia Ammassari : Les recherches relatives au VIH/Sida se font dans tous les domaines de réponse. Il s’agit beaucoup plus de recherches-actions pour aiguiller la réponse au VIH/Sida. Concernant les recherches sur l’ampleur de l’épidémie, il s’agit d’estimations et de modélisations à partir de plusieurs éléments (démographiques, différentes enquêtes dont les résultats peuvent sous- ou surestimer la prévalence du VIH, données programmatiques, etc.). Parce qu’il est difficile, voire impossible, de dire avec exactitude le nombre de personnes qui sont touchées par l’épidémie dans un pays, les indicateurs de l’incidence et de la prévalence VIH, le nombre des décès dû au Sida, le nombre de personnes en besoin d’ARVs etc sont des indicateurs estimés a travers le monde avec l’aide de l’outil Spectrum. L’incidence est le nombre de nouvelles infections VIH qui surviennent au cours d’une année, alors que la prévalence est le pourcentage des personnes infectées sur l’ensemble de la population à ce moment-là (cumulatif des anciennes et nouvelles infections). L’indicateur le plus évocateur des progrès dans la lutte est l’incidence car le but est d’atteindre Zero nouvelles infections du VIH. Au Cameroun, les nouvelles infections sont diminuées de 36% entre 2010 et 2018. La prévalence quant à elle devrait être stable et même voire augmenter dans le temps, parce que les personnes positives sont mises sous traitement et restent plus longtemps en vie. Si la prévalence diminue trop rapidement, ça voudrait peut-être signifier que les personnes infectées meurent. Il se pose donc un problème de prise en charge médicale. Au Cameroun, les différentes études réalisées récemment situent la prévalence du VIH entre 2,7% et 3,4%. Ceci veut dire qu’on estime qu’il y avait près de 540,000 personnes vivant avec le VIH dans le pays en 2018.

 

Villes & Communes : Quelles sont vos priorités pour 2020 et quelles villes-pilotes ?

Dans les prochains deux ans l’ONUSIDA et l’Equipe Conjointe des Nations Unies sur le VIH/Sida vont soutenir des efforts dans les grandes villes camerounaises situées autour des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest affectées par la crise humanitaire et qui abritent de nombreux déplacés. Les programmes de prévention du VIH et de prise en charge des personnes infectées et affectées par le virus, ainsi que des interventions d’appui psycho-social, éducatif, nutritionnel et pour combattre les violences et faire valoir les droits humains de tous, vont cibler surtout les jeunes, les jeunes femmes et adolescentes et d’autres groupes particulièrement vulnérables. Les besoins sont très importants en outre dans des villes comme Douala et Bafoussam.

Entretien réalisé par Manfred ESSOME

 

 

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Manfred Essome
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