Etienne Sonkin : un acteur du développement local

Depuis quelques temps, une bananeraie de 600 pieds a pris corps à la lisière des villages Foto et Fongo-Tongo près de Dschang. Le promoteur de cette plantation est Etienne Sonkin. La santé de l’espace agricole indique qu’il n’y a aucune baisse de régime de travail chez l’ancien maire de l’ex-Commune urbaine de Dschang. Car il tient à montrer que son titre traditionnel de « Fo’o-kwala » (le chef pour la construction du village) à la chefferie du groupement Foto, n’est pas désincarné.Après son départ de la mairie en juillet 2007, il a préféré affronter de nouveaux défis plutôt que porter à nouveau sa blouse de professeur certifié d’électronique. Il s’est reconverti en agent général d’une compagnie d’assurance. Etienne Sonkin, après avoir défi ni sa feuille de route, s’est donc jeté à l’eau. « Je suis très sollicité. Mon bureau d’assureur déborde. Des gens y viennent pour me consulter sur diverses questions », souligne-t-il. Se considérant naturellement comme un leader social avec ou sans casquette de maire, ce dernier se croit obligé de travailler sans relâche.

Mobilité

A en croire ses proches, Etienne Sonkin, la soixantaine avoisinante, cumule au moins 18 heures de travail par jour. La morphopsychologie longiligne et la rétractation latérale de sa tête indiquent ses élans prononcés pour des tâches exigeant la mobilité et la célérité dans l’action. « Redevenir maire n’est pas une obsession chez moi. Je travaille à fonds partout où je me trouve. Je ne fais aucune fixation. Je dois travailler pour le développement de la société, le bien des autres constituent pour moi une préoccupation cardinale », indique-t-il. Une option poursuivie par son frère aîné, le défunt Archevêque de Yaoundé, Mgr André Wouking. Des valeurs qui l’ont d’ailleurs beaucoup influencé durant son parcours scolaire de l’Ecole Saint Michel de la paroisse Sacré cœur de Dschang à l’Ecole normale annexe de Douala où il obtient en 1975 le Certificat d’aptitude au professorat.

Etienne Sonkin ne fait point l’économie de ce qu’il appelle ses « prouesses » à la tête de la comme de Dschang de janvier 1996 à juillet 2007. L ’aménagement de 13 points d’adduction d’eau, le don de deux véhicules de service et de patrouilles à la police, la construction d’un immeuble pour abriter un centre multimédia de 60 ordinateurs et la recette municipale, la création du marché Tsinfem, le relèvement du compte administratif de la commune de Dschang de 90 millions en 1996-1997 à 280 millions en 2001-2002, la création et l’aménagement d’un site de décharge publique à Siteu font partie du répertoire de réalisations qu’il met volontiers à son actif. Toutefois, son plus grand fait d’armes est sans doute la signature du pacte de coopération Dschang-Nantes en septembre 2002.

Fin 2001, Etienne Sonkin est monté au front pour s’opposer à la destruction de 50 boutiques au marché central de Dschang alors que l’opération avait été ordonnée par le préfet du département de la Menoua de l’époque, Mout Embang. « Cet administrateur civil, aux méthodes de commandement d’une autre époque, a cru pouvoir déstabiliser voire court-circuiter mon mandat en fin 2001 », se souvient-il.

Réflexion

Edifié par cette expérience, Etienne Sonkin pense que la panoplie des textes promulgués depuis 2004 sur la mise en œuvre effective de la décentralisation au Cameroun n’a pas contribué à démolir «cette tutelle écrasante ». « Rien n’a vraiment changé. Dans la pratique, ce sont des blocages. Jusque-là, c’est la tutelle qui détient les pouvoirs. Pour recruter le moindre agent communal, il faut l’accord du préfet », s’indigne-t-il. Il dit souhaiter l’élargissement des pouvoirs du maire en matière de recrutement et de gestion des fonctionnaires des catégories C et D et des agents de l’Etat en service dans sa commune. Pour lui, il faut davantage faire confiance au maire en le laissant travailler les mains libres. Le contrôle ou la sanction ne devant advenir qu’a posteriori. «S’il s’avère qu’un maire est incompétent, qu’on le mette à l’écart », tranche-t-il.

Parcours

En 1978, il est promu chef de service de l’animation pédagogique à la direction de l’enseignement technique à l’ex-ministère de l’Education nationale (Mideduc) par Adamou Ndam Njoya alors patron dudit département ministériel. Par la suite, Etienne Sonkin doit officier comme directeur de Collège d’enseignement technique et commercial (Cetic) à Ombé et Garoua. En 1996, il laisse donc son poste d’enseignant au Cetic de Bafoussam pour se faire ceindre les hanches avec l’écharpe tricolore de maire de l’ex-Commune urbaine de Dschang. Parce qu’au terme des élections municipales du 21 janvier 1996, la liste du Front social-démocrate (Sdf en anglais) a remporté la majorité des sièges de conseillers municipaux à la Commune urbaine de Dschang. Au cours de ce premier mandat, Etienne Sonkin dut composer avec des conseillers issus notamment du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) et de l’Union des forces démocratique du Cameroun (Ufdc). Il sera reconduit comme édile de la commune en 2002, en dépit de l’adversité des troupes du Rdpc conduites par Joseph Claude Mbafou alors ministre de la Ville.

Au demeurant, l’analyste perçoit Etienne Sonkin comme un «électron libre» qui, pour se réaliser, tente avec plus au moins de bonheur de trouver un point d’équilibre en se démarquant des séquelles d’une discipline familiale écrasante et d’une vision humaniste forgée dans le même antre familial.

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Kamdem Souop
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Écrivain, éditeur et spécialiste de communication sur le changement de comportement social, il dirige www.villesetcommunes.info et présente l'émission de télévision www.villesetcommunes.tv

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