André Fouda: le bâtisseur d’Ongola la belle

Rappelé à la conscience populaire lors de la forte opposition entre sa famille et Gilbert Tsimi Evouna, l’actuel délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé, André Fouda a marqué les esprits de bien des nostalgiques.

Au moment où des indiscrétions de Wikileaks révèlent des coulisses de tribalisme dans les hautes sphères de l’Etat, le premier maire noir de Yaoundé a la particularité de faire une quasi unanimité sur la manière avec laquelle il a posé les jalons de la capitale politique du Cameroun, sur les plans de l’embellissement et de la cohabitation entre Camerounais d’origines diverses. En effet, sa gestion des communautés ethniques au moment d’agrandir la ville lui ont valu en son temps murmures, grognements et larmes les croix de St André qu’il faisait dessiner sur les bâtisses à détruire n’y étaient pas étrangères et aujourd’hui une marque de reconnaissance. D’ailleurs, son nom est revenu sur les lèvres et dans les pages de la presse du fait de la construction par la communauté urbaine de Yaoundé d’une stèle qui porte son nom devant un espace commercial à lui dédié au carrefour Warda, en face du Bois Ste Anasthasie. Sa famille refuse que l’espace, autrefois, un coin pipi pour noctambules serve à commémorer le souvenir du “bâtisseur” (pour reprendre le mot de son biographe) que fut André Fouda.

Animal politique

Un seul a pris sur lui de produire à l’intention de la postérité un témoignage de la vie de cet homme. Il s’agit de Serge Enyegue qui, en mai 2008 a signé chez L’Harmattan André Fouda, Itinéraire politique d’un bâtisseur; 1951 – 1980.

André Fouda Omgba Nsi (ou plutôt Fouda André comme on l’appelait) naît en 1906 et décède le 27 février 1980. Ses obsèques, le 1er mars 1980 au quartier Fouda, furent présidées par le premier ministre d’alors, Paul Biya.

Des analystes essaient aujourd’hui de répondre à la question de savoir s’il n’était qu’un simple “collabo” des colons ou un “nationaliste” à sa manière. N’est-il pas celui qui déclara: “Ce beau pays, quoiqu’il en soit, doit vivre et rester français. Vive le Cameroun français!”? Mais son biographe fait remarquer que M. Fouda était capable de revirements politiques, puisqu’il aurait rejoint la position de l’Union des populations du Cameroun (Upc) que son parti, le Bloc démocratique camerounais (Bdc) combattait aux côtés de la France, estimant qu’il ne fallait pas se contenter d’une indépendance de façade.

En attendant la fin du débat, l’on notera, selon son aveu, qu’il voulait donner un visage moderne à la ville qui fut en fait son village. Lui, le Mvog-Ada, opposé aux Mvog-Atemengue qui auraient soutenu les Allemands, remplacera sur l’échiquier politique André Marie Mbida, le premier Premier ministre camerounais, lâché par Louis-Paul Aujoulat et la France pour avoir eu des velléités de liberté avec les règles d’obéissance servile à la “tutelle”.

André Fouda sera ministre des Affaires économiques dans le premier gouvernement d’Ahmadou Ahidjo le 20 février 1958. Mais dès 1956, il est élu maire de la commune urbaine de plein exercice de Yaoundé, à l’occasion d’un scrutin contesté. On lui reprochera d’être auteur de l’instrumentalisation des ressources politiques à l’instar de l’Association des maires du Cameroun, dont il fut le président. Il sera promu délégué du gouvernement de la commune urbaine de Yaoundé en 1967. Fin animal politique, il va préserver une habitude héritée de l’époque coloniale qui fera de lui l’interlocuteur du peuple béti.

Demolition man

Cet homme au caractère bien trempé est le père de l’adressage de la ville. Les Yaoundéens lui doivent les noms des rues, des avenues et de certaines places de la cité capitale. De même, le plan d’urbanisme de Yaoundé, élaboré au milieu des années 1970 porte sa signature. Il traça et aménagea plusieurs quartiers dont Essos, Emombo ou Mvog-Mbi. On lui doit aussi d’avoir imposé une couleur unifié pour les maisons en bordure de route et interdit les barrières de plus de deux mètres.

Le 14 octobre 1978, le chef de l’Etat, Ahmadou Ahidjo inaugure l’hôtel de ville de Yaoundé dont Fouda André a posé la première le 29 mai 1976.

C’est par ailleurs à travers la démolition d’habitations qu’il sera rendu célèbre. Le notable Germain Ebogo du village Messa (aujourd’hui remplacé par les quartiers Messa, Mokolo, Elig-Effa et Madagascar) n’oublie pas que les engins du maire défunt n’ont laissé aucun souvenir des nombreux arbres fruitiers qu’on y trouvait, notamment les pruniers, explication du nom de la localité.

Cette colère est partagée par les Mvog Ekoussou, autochtones de Ntoungou (du nom de la rivière qui traverse cette zone), aujourd’hui connu sous le nom de Tsinga. Ils ne lui pardonnent pas d’avoir relogé de force les Tsinga chassés dès 1936 de l’actuel site de l’usine Bastos sur les terres de ses oncles maternels. Car, pour ceux qui ne le savent pas, sa mère était Mvog Ekoussou. Ils l’ont d’autant plus mauvaise qu’il l’aurait fait à cause d’une femme Tsinga qu’il convoitait, et aurait poussé son “crime” plus loin en changeant lui-même le nom Ntoungou par Tsinga sur les documents qu’il signait. “Nous n’oublierons jamais le mal que Fouda André nous a fait », tonnent certains notables Ntoungou.

Sa mémoire sera-t-elle préservée?

L’initiative de la Cuy de célébrer la mémoire de cet homme parmi les plus influents du régime Ahidjo bute sur le débat qui aurait pu être engagé avant tout chantier. C’est ce que certains analystes pensent au regard de l’affrontement qui a opposé ses ayants droit à M. Tsimi Evouna. Les inquiétudes ont d’autant eu raison d’être exposées que l’un des symboles de son passage à la tête de Yaoundé, le “Tennis club” qu’il créa en 1964, a été en voie d’être rasé avant que le tollé suscité par cette mesure n’oblige le délégué du gouvernement à se raviser. Le peu d’espaces sportifs dont le Cameroun pays est pourvu en aurait pâti.

La réponse sans doute de toute beauté que la Cuy a trouvé à la polémique est le projet “La Palmeraie Espace André ”, grand complexe immobilier de près de 60 milliards de Fcfa et financé à 90% par le Crédit foncier du Cameroun. Les travaux de cet immense chantier de 80 000 m2 sur le site de l’ex-marché Sho devaient débuter ce mois d’août 2011. Or il y a eu la mort criminelle du Directeur général de Prg Sarl, l’attributaire du marché, Guy Estrada. L’homme rendu célèbre par la croix de son homonyme n’aurait sans doute pas hésite un instant à détruire Sho, Mvog-Ada, Mvog-Mbi et d’autres quartiers qui insultent la splendeur qu’il souhaitait donner à Yaoundé. Mais il aurait fait une chose aujourd’hui oubliée: il aurait recasé les déguerpis.

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Auteur

Kamdem Souop
Kamdem Souop 283 Articles

Écrivain, éditeur et spécialiste de communication sur le changement de comportement social, il dirige www.villesetcommunes.info et présente l'émission de télévision www.villesetcommunes.tv

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