Paul Martin Lolo, maire de Yaoundé VI : “Nous devons mettre l’accent sur le software”

Paul Martin Lolo, maire de Yaoundé VI : “Nous devons mettre l’accent sur le software”

Enseignant d’informatique à Ecole nationale polytechnique de Yaoundé, l’élu local apporte un éclairage sur l’importance des TIC évoqués par M. Paul Biya dans son adresse à la Jeunesse le 10 Février 2015.

Que faut-il comprendre lorsque le président de la République parle d’une économie dominée par l’informatique ?

L’économie du numérique renvoie à toutes les compétences qu’il faut mettre en œuvre pour faciliter l’utilisation de l’informatique dans toutes les opérations de la vie courante. Dans tous les secteurs, on doit arriver à un niveau où on ne peut plus faire recours à la gestion manuelle des stocks, gestion des approvisionnements, gestion des ressources humaines.

Actuellement toute l’économie est dépendante de l’informatique. Le traitement de l’information est indispensable pour la vie moderne de nos Etats. Il y a 40 ans, on utilisait l’informatique uniquement pour le traitement des salaires dans les banques. Aujourd’hui ce n’est plus simplement un outil mécanographique qu’on intègre dans un processus pour obtenir un listing. L’informatique est le passage obligé de tout ce qui est consommable dans la société. Mais on sait aussi que le côté hardware, le matériel est produit ailleurs en Occident.

Les jeunes Camerounais ne devraient-ils pas s’orienter vers un autre domaine ?

Vous m’amener à parler des métiers dans ce domaine. En 1991 j’appelais déjà à une nécessité de médiatisation de l’information. Vous parlez de soft et hard ou de support, mais moi je parle des technologies. C’est le domaine où le Cameroun peut mettre un accent. La technologie est un ensemble de technique qui permet d’obtenir un résultat précis. C’est l’exemple du GSM qui permet de communiquer. D’autres technologies existent et sont à explorer. Lorsque certains de nos étudiants se retrouvent face à d’autres à travers le monde, ils sont souvent excellents. Il faut mettre un accent sur la maîtrise de la technologie. C’est cette maitrise technologique qui est notre principal défi. J’appelle à la prise en compte de l’importance des technologies qui sont plus faciles à notre niveau. Le hardware informatique ne peut plus être inventé parce que la Chine, par exemple, le fait mieux que d’autres pays du monde. Ce que nous pouvons faire c’est l’implication des jeunes vers l’innovation. Il faut former les jeunes de 15 à 25 ans aux métiers de la logique. C’est le cœur de l’informatique. J’ai pensé à mettre en place ce processus de formation dès le secondaire. C’est pourquoi durant près de 11 ans passé au ministère de l’Education nationale devenu Enseignements secondaires, j’ai posé les bases d’une filière technologie de l’information et de la communication. Aujourd’hui, cette filière est ouverte dans plusieurs établissements de la place. C’est à 15 ans qu’il faut inculquer les TIC aux enfants. Le résultat en Europe, c’est la prolifération des start-up. Les jeunes se sont appropriés, là-bas, des prouesses technologiques pour les appliquer dans des domaines précis de la vie. C’est pourquoi, il faut découvrir l’informatique très tôt. Si on commence en seconde par exemple, à l’université on peut produire des logiciels appropriés à notre environnement dans la communication, les télécommunications. Lorsqu’on maîtrise la technologie, on intègre les techniques plus facilement afin d’obtenir des résultats. Il faut mettre davantage l’accent à ce niveau. On ne doit plus penser informatique comme une filière qu’on découvre à l’université. Il faut que l’enfant comprenne les réalités de ce milieu dès le lycée.

N’est-il pas nécessaire de mettre en place des pôles technologiques pour faire éclore ce talent et produire de la richesse et des emplois?

Une fois que l’éducation a produit des spécialistes ou mis en place des mécanismes de formation, le marché est capable de les absorber. Si aujourd’hui nos stations-services d’essence ne sont pas informatisées, ce n’est pas parce qu’elles ne le veulent pas, c’est qu’il y a un manque sur le marché. Pour obtenir des financements, il faut avoir un compte d’exploitation bien présenté. Tout gestionnaire qui doit produire un bilan doit avoir une gestion saine. Pour avoir une gestion saine il faut l’informatisation de toute la chaine de production. Si au niveau du bac, un enfant est capable de produire et de traiter des données dès sa sortie du lycée, les supermarchés, les garages, les hôpitaux, les postes de péages, vont les recruter.

Notre formation doit créer plus de techniciens informatiques que les ingénieurs. Les ingénieurs ont un coût plus élevé par rapport aux techniciens dans notre tissu économique qui reste dominé par des Petites et Moyennes Entreprises. Les acteurs doivent être sensibilisés. Dans certaines grandes structures le volet informatique est encore assuré par des étrangers qui viennent empêcher le recrutement au niveau local. À défaut, ces grandes structures utilisent des logiciels en télétraitement à distance à partir de l’étranger. Il faut recruter des webmasters, des techniciens de maintenance, des ingénieurs systèmes. Dans certains pays, toutes les petites unités de production recrutent des techniciens informaticiens pour mettre en valeur le hardware de leur unité informatique. Ce qui permet une amélioration de la chaîne de production et l’accroissement des résultats des gestionnaires.

Vous êtes maire depuis bientôt deux ans. Les jeunes de l’arrondissement de Yaoundé 6 peuvent-ils s’attendre à un pôle de formation aux métiers informatiques de pointe d’ici à la fin de votre mandat ?

La mairie de Yaoundé 6 dispose déjà d’un Centre de formation en bureautique. Mon objectif c’est d’en faire un véritable établissement d’enseignement technologique. Les diplômés seront mis à la disposition des petites unités de production de notre collectivité. Au niveau de notre gestion interne à la mairie, nous avons mis en place un système performant. C’est d’ailleurs cette prouesse qui assure le bon fonctionnement de notre commune depuis l’incendie qui a réduit tout notre administration en cendres. En une semaine, sous ma coordination, huit postes d’ordinateurs ont été mis en réseau et nous ont immédiatement permis de faciliter le redémarrage de notre administration. Le paiement des salaires du personnel, nos relations avec nos partenaires.

De manière concrète, l’informatique a un autre avantage, parce qu’il permet de réduire les poches de corruption. Si elle persiste, le système mis en place nous permet de pouvoir remonté les sources de corruption. Aujourd’hui, au-delà de tous les avantages en matière d’emplois pour les jeunes, l’informatique est un véritable outil de bonne gouvernance ce qui nous permet de voir clair et faire des projections de développement dans notre commune. Enseignant d’informatique à Ecole nationale polytechnique de Yaoundé, l’élu local apporte un éclairage sur l’importance des TIC évoqués par M. Paul Biya dans son adresse à la Jeunesse le 10 Février 2015.

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Auteur

Kamdem Souop
Kamdem Souop 288 Articles

Écrivain, éditeur et spécialiste de communication sur le changement de comportement social, il dirige www.villesetcommunes.info et présente l'émission de télévision www.villesetcommunes.tv

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