ACHA VALENTINE, Ingénieur de génie civil, Directeur de la Construction au Ministère des Travaux Publics – Cameroun.

ACHA VALENTINE, Ingénieur de génie civil, Directeur de la Construction au Ministère des Travaux Publics – Cameroun.

« Il faut toujours intégrer depuis les phases de conception et de construction d’un bâtiment le budget d’entretien courant et périodique ».

Villes & Communes : Dans les grandes villes du Cameroun, l’on note un nombre élevé d’incendies des bâtiments publics. L’on a encore en mémoire les incendies au bâtiment principal du ministère de la santé et ses annexes en décembre 2013. Le 28 mars 2014, le ministère de l’Enseignement Supérieur était à son tour en feu. Et deux semaines plus tard, toute la mairie de Yaoundé 6 subissait aussi la furie des flammes, tandis que le nouvel hôtel de ville de Yaoundé 4 était par ailleurs touchée. Cette situation amène à penser qu’il y a une absence de mesures de sécurité dans ces bâtiments. Quel serait selon vous l’état des lieux en matière de sécurité des bâtiments au Cameroun ?

M. Acha Valentine :Dans le domaine du BTP, les codes et règlements de calcul offrent un coefficient de sécurité important allant dans le sens de la sécurité. Il en résulte théoriquement que l’effondrement d’un ouvrage est un phénomène rare. Tout ouvrage bien conçu, doit alors supporter, sans faiblir, les charges auxquelles il est soumis.

L’objectif  principal  des normes ou  règles  consiste  à sauvegarder le plus  grand nombre possible  de  vies humaines si un sinistre venait à se produire du fait d’un événement prévisible ou non. Il s’agit de concevoir,  de dimensionner des structures capables de résister aux actions sans effondrement local ou général de celle-ci.

Pourtant, de nombreux ouvrages, ne manquent pas de poser le problème de sinistralité.

Ceci donne à penser que les effondrements ou la sinistralité résulte de l’emploi involontaire mais répété de dispositifs de construction inappropriés, de méthodes de conception ou d’exécution mal adaptés ou des deux à la fois. Cet état de fait est souvent le résultat d’absence de coordination entre les différents actants de la construction.

Lorsqu’on visite par exemple les bâtiments connus au Cameroun comme l’Immeuble ministériel n°2 et qui abrite plusieurs ministères, l’on constate qu’il est fortement sollicité par les usagers. Mais d’un premier abord l’on ne note pas un accompagnement des mesures de sécurité. C’est le cas par exemple de l’absence d’extincteurs dans les différents couloirs. Comment garantir la sécurité d’un tel édifice ?

La réglementation impose une protection contre l’incendie par des dispositifs fixes ou des matériels mobiles. Il arrive qu’avec le temps, faute d’entretien du bâtiment, ces dispositifs disparaissent ou perdent leur rôle du fait d’une péremption. C’est pourquoi il faut toujours intégrer depuis les phases de conception et de construction d’un bâtiment le budget d’entretien courant et périodique. Pendant la durée de vie du bâtiment, après une certaine période, par exemple dix ans, faire un état des lieux en vue d’une programmation de la réhabilitation dudit bâtiment.

Dans un autre aspect, l’on dit souvent que prévenir vaux mieux que guérir. Ne peut-on pas envisager des exercices de simulations réguliers de sécurité incendie dans les bâtiments publics ?

Comme, je vous disais tantôt, un bâtiment construit doit être couramment et périodiquement entretenu et c’est dans ce cadre que l’on peut programmer les exercices de simulations réguliers de sécurité incendie. Aussi, malgré cet entretien, il faut envisager à un moment une réhabilitation complète dudit bâtiment.

Pour diverses raisons, différentes administrations camerounaises ont souvent recours à des bâtiments d’habitation pour recevoir le public. C’est le cas des mairies, en attendant la construction des hôtels de ville. Que faut-il faire dans un tel cas ?

Selon le Code de la Construction et de l’Habitation, on entend par bâtiments ou établissements recevant le public (ERP), tous bâtiments, locaux et enceintes dans lesquels des personnes sont admises soit librement, soit moyennant une rétribution ou une participation quelconque, ou dans lesquels sont tenues des réunions ouvertes à tout venant ou sur invitation, payantes ou non. Ces ERP sont ensuite classés  en catégories, d’après l’effectif du public et du personnel. Par ailleurs, les ERP sont classés en types selon la nature de leur exploitation.

Le Code exige que les ERP soient dotés de dispositifs d’alarme et d’avertissement, d’un service de surveillance et de moyens de secours contre l’incendie appropriés aux risques.

En règle générale, chaque type de bâtiment construit a une destination précise et ses dispositifs de sécurité incendie. Donc à chaque fois que l’on change la nature ou le type d’un bâtiment, il faut revoir tout son système de sécurité, pas seulement de sécurité incendie, pour l’adapter à l’usage présent.

Les bâtiments recevant le public au Cameroun ont plus de 30 ans d’âge pour certains. Comment répondre efficacement aujourd’hui aux préoccupations  de sécurité des édifices, mais aussi des archives qui s’y trouvent ?

Ce ne sont pas tous les ERP qui ont plus de 30 ans. Mais qu’à cela ne tienne, nonobstant leur âge, pour ceux qui ont  été construits sans dispositifs de sécurité ou qui ont perdu ces dispositifs de sécurité, Il faudrait envisager un audit de sécurité afin de prescrire des mesures correctives conséquentes.

Suivant le décret du 23 avril 2008 portant sur les règles de sécurité, d’hygiène et d’assainissement en matière de construction, un pouvoir de contrôle est laissé au maire pour assurer le respect des différentes règles du terrain. Quelles sont les mesures prises à votre niveau pour éviter d’éventuels désagréments dans les années à venir ?

Le ministère des Travaux Publics (MINTP), consacré « Maître d’œuvre public et Ingénieur de l’Etat » en matière de construction des infrastructures et des bâtiments publics à la faveur du décret n°2013/334 du 13 septembre 2013 portant organisation du ministère des Travaux Publics, a pour mission d’assister les maîtres d’ouvrages, de suivre et de contrôler l’ensemble des opérations techniques et financières relatives à la mise en œuvre des projets d’infrastructures et des bâtiments publics.

De manière générale, le MINTP, à travers la Direction de la Construction, est chargé  de la participation à l’élaboration des normes techniques en matière de constructions civiles ;  du contrôle de l’application de la réglementation relative aux constructions civiles, en liaison avec les administrations concernées ; de l’élaboration et de la mise à jour du fichier central des constructions civiles ; de l’expertise technique des constructions pour le compte des administrations et organismes publics et des Collectivités Territoriales Décentralisées.

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