Université de Yaoundé 1 : Le savoir ignore les toilettes

Université de Yaoundé 1 : Le savoir ignore les toilettes

Objet d’une vive tension entre plusieurs factions au sein de la première université d’Etat du Cameroun depuis les années 1990, à côté de l’équipement de la bibliothèque, les toilettes publiques posent un problème à milles inconnues à Ngoa Ekellé, la « colline du savoir ».

Un usager de la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Yaoundé I située en face de l’Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication demande à une secrétaire s’il y a un lieu pour se mettre à l’aise. « Il n’y a pas de toilettes opérationnelles dans l’immeuble. Il faut aller à l’Amphi 700 », répond la jeune dame. À la sortie du bâtiment, on peut lire sur une porte fermée : « exclusivement réservée aux enseignants et à la direction ». De l’eau suinte de la dalle. Elle stagne dès l’entrée, à côté d’une cage d’escaliers. Le battant, fait de bois commence à prendre un coup, elle est rongée à partir du bas. Le cadenas empêche de voir l’intérieur de ce qui était sans doute les toilettes du personnel administratif et des enseignants. Tout donne les signes que cette porte n’a pas été ouverte depuis des mois.

Ce qui n’est pas le cas des toilettes situées à l’arrière de l’Amphi 700, qui abrite les cérémonies prestigieuses de l’université : grandes conférences, hommages académiques à des enseignants, etc. Dès l’entrée de ce bloc toilettes R+1 c’est une forte odeur qui accueille le visiteur du jour que nous sommes. Les selles sont sur le plancher. Des urines aussi. Le plancher des cabines arrière est propre mais ces dernières sont fermées. On peut lire sur les portes : « malheur à celui ou celle qu’on prendra entrain de chier ou pisser au sol !!! ». Il y a une raclette à côté et au coin deux tas de matières fécales. Dans une pièce attenante est écrit “chambre à gaz”. La porte laisse voir un matelas sur un lit et des effets vestimentaires. Un signe de vie. Le décor est similaire à l’étage.

Une eau de couleur noire inonde le sol. Un bloc dévoile un bidet inondé de caca et arrosé d’urine. Pas d’eau courante dans ces pièces. Un fût de couleur bleu contient de l’eau. En descendant les escaliers, nous surprenons une jeune étudiante en train de se mettre à l’aise. Par pudeur, nous refusons d’immortaliser cette scène. Sa besogne achevée et prise de peur, elle lance « mon frère, on va faire comment ? » Elle relève son pantalon et file à l’extérieur du bâtiment, un paquet de lotus à la main après un ultime crachat. Le scénario est identique en face de l’Université virtuelle d’Afrique Centrale. Un bloc toilettes est nouvellement repeint entouré d’un cordon de sécurité. Mais la porte est fermée, les étudiantes reviennent de l’arrière. L’on découvrira par la suite que c’est à cet endroit qu’elles essayent de se mettre à l’aise. Une forte odeur interdit un long séjour aux abords. « Ils disent que les toilettes sont bloquées », répondent les étudiants des deux sexes.

Dans l’édifice qui abrite le Centre d’Information de la coopération allemande, DAAD, une étudiante affirme qu’il n’y a pas de toilettes à l’université de Yaoundé I. « Il faut chercher un coin loin des regards », nous conseille-t-elle, visiblement inquiète pour notre besoin pressant. Dans les amphis 1001 et 1002, la scène est identique. « Il n’y a pas de toilettes », répondent des étudiantes et étudiants. Avec insistance, les jeunes gens affirment vouloir nous préserver de désagréments à cause de la tenue de bureaucrate que nous portons. Ils indiquent tout de même l’espace toilettes. Une fille lance : « si quelqu’un a la diarrhée qu’il ne vienne pas à l’école ce jour ». Au lieu indiqué, un cordon de sécurité rouge blanc serpente la construction. Donc interdiction d’accès. Sur les portes fermées on peut lire: « Avis. Attention aux malchanceux ». Pendant tout le périple, l’on n’a pu observer des toilettes susceptibles de parer à tout besoin pressant au sein de l’université de Yaoundé I. A la cité universitaire, située en à un jet de pierre du restaurant universitaire, la porte vient d’être refaite. Quelques vieux accessoires de toilettes sont jetés dans un coin. Certainement, une rénovation ponctuelle dans l’attente des jeux universitaires que doit accueillir l’institution créée en 1961.

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