Réflexion : des sessions inégales

Réflexion : des sessions inégales

Des dizaines de sessions organisées pendant cette 6e édition d’Africités ont donné à voir des niveaux inégaux d’analyses et de débats, reflet d’une Afrique disparate.

Les sommets Africités ne feront point disparaître les grandes disparités qui existent sur un continent que l’Occident a toujours voulu présenter comme uniforme. Ces disparités se sont vues pendant les sessions organisées. Pour cette édition 2012, il y a eu 154 sessions thématiques, 66 sessions spéciales; donc un enchâssement de réflexions, d’analyses, de commentaires, de débats sur les problématiques de gouvernance locale et de développement local.

En allant d’une session à l’autre, on a pu voir des salles bondées et d’autres qui ne regroupaient que les membres d’une même délégation. Ou alors, on a pu noter qu’en prêtant attention aux interventions de certains élus qu’on suit particulièrement, d’événements en événements, ils ne renouvellent pas leur discours, n’actualisent pas leurs données, ne fournissent pas beaucoup de chiffres, semblent se complaire dans l’objectif de participation. A contrario, on a aussi pu noter qu’il y a des élus qui ont des objectifs à atteindre, qu’ils soient politiques, économiques ou d’image. Ils ont préparé avec soin leurs présentations, d’une session à l’autre, ils en ont à revendre, maîtrisent les sujets sur les bouts des ongles, font quasiment corps avec leur collectivité.

«Une rencontre plurielle et diverse»

Le principal avantage d’Africités est justement dans ce melting-pot. C’est de mettre en commun des mégapoles (Le Caire, Lagos), et même la seule mégalopole africaine (en Afrique du Sud, le produit de la fusion des aires urbaines de Johannesburg, Pretoria et de la zone comprise entre les villes de Witwatersrand, Vereeniging et Sasolburg, avec pas moins de 8 millions d’habitants) avec des petites villes. C’est aussi de rassembler en une famille des élus qui gèrent des dizaines de milliards et ceux qui bouclent avec peine quelques millions. C’est de faire discuter les élus venus d’horizons divers avec des acteurs du développement qui croient en l’Afrique.

Mettre les villes sur orbite

Comme l’a rappelé Nathalie Le Denmat, Secrétaire exécutive de la Commission des finances locales de Cglu, «les villes sont le moteur de la croissance des pays. Or les villes africaines en général manquent d’équipements et perdent en productivité. L’Afrique se prive donc d’un développement qui pourrait être supérieur si ses villes étaient productives. Les villes doivent investir, et de ce point de vue, elles ne peuvent pas se passer de l’emprunt, entre autres mécanismes de financement des collectivités.» Ces autres mécanismes sont le cadre juridique et financier de la décentralisation, la valorisation du foncier urbain et le partenariat public-privé qui laisse la porte ouverte à l’économie mixte et la maîtrise d’œuvre à un pourcentage à négocier selon les projets avec les opérateurs privés.

Cette position rejoint celle de Nicéphore Soglo qui souhaite que la Banque mondiale et d’autres bailleurs de fonds prêtent aux villes (cf. page 4). Et pour Khalifa Sall, les villes africaines sont viables. Elles sont crédibles et refusent de faire la fine bouche sur tout ce qui peut leur permettre de lever des fonds pour leur développement. Ce besoin est urgent fait savoir le nouveau président de Cglua : «Nous avons conscience que la construction de l’Afrique ce n’est pas demain. C’est aujourd’hui».

Après les débats techniques et entre experts qui ont rythmé les trois premiers jours d’activités du Sommet Africités 6, place a été donnée aux rencontres politiques les 7 et 8 décembre. Et le moins qu’on puisse dire c’est que «l’Afrique de la gouvernance, c’est l’Afrique qui réfléchit sur elle-même. Nous développerons notre continent par la base. Cinquante ans de gestion des affaires par les Etats ont généré beaucoup de conflits, famine, etc. Il faut responsabiliser maintenant les collectivités locales» (K. Sall). Les collectivités locales n’ont pas fini d’avoir besoin de leur tutelle, des partenaires au développement mais aussi et surtout des autres composantes des populations à la base: experts divers, société civile, journalistes. Parlant de ces derniers, Jean Pierre Elong Mbassi, Secrétaire général de Cglua les voit comme «des intellectuels, des vecteurs et producteurs d’opinions qui ont leur mot à dire dans la gestion de la cité».

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