Farid Yaïci; professeur d’économie (Algérie)

Farid Yaïci; professeur d’économie (Algérie)

Pour promouvoir le développement local, il faut au préalable restituer le pouvoir de décision aux acteurs locaux, représentés par les délégués de l’Etat, les élus locaux, les entrepreneurs, les travailleurs, les universités, les unités de recherche, les centres de formation et le mouvement associatif, qui doivent agir en synergie.

Farid Yaïci, professeur d’économie et directeur de recherche, également ancien DG au ministère de la Prospective et des Statistiques, ancien doyen de Faculté (université de Béjaïa), ancien directeur d’Institut (université de Blida), actuellement consultant auprès de nombreux organismes et ministères, a bien voulu accepter de répondre à nos questions sur un sujet d’actualité concernant les conditions qui entourent l’économie algérienne et son évolution. Ses réponses résument les débats autour de ce sujet. Il reste persuadé que l’un des atouts majeurs de notre pays réside dans son immensité territoriale et dans son aptitude à relever les défis, notamment par une bonne gouvernance, un développement local rapide et une croissance soutenue.

La mesure de la LFC 2015, relative au transfert du centre de décision d’affectation du foncier industriel des Calpiref aux walis pour raccourcir sensiblement les délais de délivrance des titres de cession ou de concession au profit des investisseurs, est-elle suffisante pour promouvoir le développement local ?

Le développement local, comme l’investissement de manière générale, est confronté à l’environnement des affaires qui est délétère. L’acte d’investir est devenu un véritable parcours du combattant, de la recherche d’un terrain industriel à la liquidation de l’entreprise. La mesure de la LFC 2015, relative au transfert du centre de décision d’affectation du foncier industriel des Calpiref aux walis, ne me paraît pas être la meilleure. Il est vrai que les Calpiref ont été décriés lors des réunions de la task-force pour le redressement industriel, qui ont eu lieu en novembre et décembre 2012 au siège du ministère chargé de l’Industrie, notamment par les représentants du patronat qui ont dénoncé leur manque d’efficacité et la lourdeur de leur fonctionnement, due à leur composante (représentants d’une multitude de secteurs) et à leur trop grand effectif (25 membres). Trois ans après l’approbation des conclusions de la task-force, une loi de finances complémentaire transfère leurs prérogatives aux walis. On est, ainsi, passé d’une extrême à une autre. Pour ma part, je ne vois pas comment un wali, qui a déjà fort à faire dans sa wilaya, pourrait étudier des centaines, voire des milliers de dossiers dans certaines wilayas, et trancher ses décisions. En outre, dans le cas de contestations qui ne manqueraient pas de survenir, le wali, qui serait appelé à arbitrer, deviendrait alors juge et partie. Bien évidemment, la solution idoine viendrait, à mon avis, d’un marché du foncier industriel. Mais, en attendant cette solution, je verrais bien une agence spécialisée (agence foncière), dotée de moyens humains et matériels adéquats et de prérogatives, attribuer les terrains industriels dans la transparence. Enfin, le foncier industriel ne constitue qu’un élément, certes important, parmi la dizaine d’étapes de la vie d’une entreprise, toutes aussi compliquées, pour promouvoir le développement local.

Un développement local robuste exige une bonne gouvernance locale pour assurer une animation économique locale et permettre à l’Etat de renforcer ses capacités de gestion et de contrôle. Dans ce contexte de crise qui se profile, quelles sont les priorités dans ce domaine, en particulier ?

Pour promouvoir le développement local, il faut au préalable restituer le pouvoir de décision aux acteurs locaux, représentés par les délégués de l’Etat, les élus locaux, les entrepreneurs, les travailleurs, les universités, les unités de recherche, les centres de formation et le mouvement associatif, qui doivent agir en synergie. Si, en effet, un développement local robuste exige une bonne gouvernance locale pour assurer une animation économique locale, cette dernière réclame, à son tour, une décentralisation des pouvoirs. Il ne s’agit donc pas, à mon sens, pour l’Etat de renforcer ses capacités de gestion et de contrôle sur les collectivités locales, mais, bien au contraire, de leur céder une partie de ses prérogatives, car ces dernières sont mieux imprégnées des problèmes locaux que le pouvoir central, éloigné. Dans ce contexte de crise, la priorité est alors de rationaliser les moyens de l’Etat et de rechercher l’efficacité. Décentraliser les pouvoirs de décision et permettre aux collectivités locales de collecter l’impôt et, surtout, de rechercher d’autres niches fiscales pour faire face à leurs besoins constitue une des priorités dans ce domaine.

Concrètement, quel sera l’impact de ce retour à la proximité, en termes de développement et de croissance, surtout que l’économie est peu diversifiée et est tirée essentiellement par les hydrocarbures ?

L’économie algérienne est dépendante de ses hydrocarbures. Avec le retournement du marché pétrolier international, les conséquences en sont considérables. De fin juin 2014 à fin juin 2015, la fiscalité pétrolière s’est contractée de 33,5% en raison de la baisse des exportations des hydrocarbures de l’ordre de 42%. Le déficit de la balance commerciale a atteint 8 milliards de dollars à fin juillet 2015. Le taux d’inflation, en rythme annuel, a augmenté de 1,5% à fin juillet 2014 à 5% à fin juillet 2015. Enfin, le taux de change moyen du dinar par rapport au dollar est passé de 78,57 à fin juillet 2014 à 96,38 à fin juillet 2015, perdant ainsi 18,5% de sa valeur. C’est pourquoi l’impact de ce retour à la proximité ne pourra être que bénéfique, en termes de croissance et de développement. Dans ce contexte, les collectivités locales seront responsabilisées. La responsabilité entraînera de nouvelles idées. Ces dernières pourront être à l’origine de la diversification économique et favoriseront la création de richesse. Le fait de pouvoir prendre des initiatives suscitera l’émulation entre les territoires. La concurrence amènera encore plus de richesse.

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