Changements climatiques : l’exemple sénégalais inspire

Changements climatiques : l’exemple sénégalais inspire

Alors que le président sénégalais sera, en sa qualité de président en exercice du Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement francophones, le porte-voix des autorités locales francophones à Paris en décembre 2015 à l’occasion de la Conférence de Paris sur le Climat (COP21), son pays peut se prévaloir d’une expérience utile aux autres pays du continent.

Macky Sall a reçu en audience les maires sénégalais en marge du Séminaire International sur le Climat que Dakar a abrité les 11 et 12 septembre 2015. Un événement préparatoire à la COP21, dont le thème « Les Etats et les villes francophones unis face aux changements climatiques ». Occasion pour l’Association des Maires du Sénégal (AMS), créée en 1958 et regroupant 557 membres, de témoigner du partenariat qui la lie à l’Etat et lui donne, à en croire Aliou Sall, son président et maire de Guédiawaye, d’expérimenter des « exemples innovants qui mériteraient d’être partagés, afin d’inspirer les autres pays francophones d’Afrique ».

D’après des rapports du Programme des Nations Unies pour le Développement, la température moyenne au sol connaît et jusqu’à la fin du siècle présent une augmentation comprise entre 1,5 et 6° C. Les rendements des cultures dans certains pays pourraient baisser de l’ordre de 50% à l’horizon 2020 et le stress hydrique s’aggraver pour 75 à 250 millions de personnes vers 2020, 350 à 600 millions de personnes d’ici à 2050. L’Afrique, avec ses 4% de contribution aux émissions globales de gaz à effet de serre, est la région la plus vulnérable aux effets des changements climatiques.

Selon un rapport de la Banque Mondiale publié en 2010, les besoins des pays en développement en financement des politiques d’adaptation sont estimés entre 70 et 100 milliards de dollars par an. En 2014, le PNUE estime les coûts d’adaptation cinq fois plus élevés.

Des mécanismes innovants

Le Sénégal, en proie, notamment en période d’hivernage comme c’est le cas actuellement, à des inondations, des glissements de terrain, des feux de brousse ainsi qu’à la dégradation de l’air et l’érosion côtière qui menace les plages et infrastructures hôtelières du pays de la Teranga, estime le manque gagner annuel de ces bouleversements autour de 151 milliards FCFA.

C’est donc à juste titre que Mahammed Boun Abdallah Dionne, le premier ministre, représentant le président Macky Sall, a souligné en ouverture des travaux que « Les villes d’Afrique sont très vulnérables aux changements climatiques parce qu’elles sont des foyers d’activités écologiques et de concentration démographique ». Il a d’ailleurs souhaité que « Les Etats africains doivent bâtir des partenariats avec les collectivités locales. Elles ont un rôle important à jouer dans la lutte contre les effets des changements climatiques qui ont des conséquences directes sur les villes ».

Le Sénégal a connu des pluies hors saison en 2002, des inondations sévères en août 2005 et 2012 à Dakar. D’autres villes ont connu, selon les années, des manifestations similaires. C’est le cas de Pikine, Thiès, Saint-Louis, Bambey, Kaffrine, Ourossogui, Matam, Kolda ou Ziguinchor. Pour y faire face, le ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature a élaboré un Plan d’action national d’adaptation (PANA) dont l’objectif est « de faire une étude et analyse participative et intégrée de la vulnérabilité des différentes régions du Sénégal face aux impacts négatifs des changements climatiques sur des secteurs clés de notre économie que sont, entre autres, les ressources en eau, l’agriculture et les zones côtières ».

Le Sénégal a ratifié plusieurs conventions et signés des protocoles internationaux dont la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), ratifiée en 1994 et le Protocole de Kyoto en 2001. Puis il a élaboré trois Communications nationales (1997, 2010 et 2015), une Stratégie nationale de mise en œuvre de la Convention (1999) avec l’appui du Fonds pour l’Environnement Mondial dans le cadre du Programme CC-TRAIN. Un Comité national sur les changements climatiques a été créé en 1994, institué en 2003 et formalisé en 2011 avec des démembrements régionaux. Il existe une Autorité nationale pour le Mécanisme de Développement Propre (MDP). Au niveau local, dans l’esprit de la Charte Africaine de partenariat entre habitants et collectivités locales, les articles 304 et 305 du Code général des Collectivités locales ont défini le transfert de l’environnement aux départements et aux communes.

Par ailleurs, souligne le professeur Pascal Sagna de l’Université Cheick Anta Diop, « le Sénégal a mis en œuvre une stratégie de diversification et de maîtrise énergétique dans les bâtiments, la rationalisation du secteur du transport à travers le renouvellement du parc de transport en commun, l’efficacité énergétique dans l’industrie et la promotion des énergies nouvelles et renouvelables et de substitution. De même, la séquestration de carbone se fait à travers le reboisement et la protection forestière, ka réhabilitation des terres et des sols dégradés, la sylviculture intensive pour la production du bois de chauffe au niveau des périmètres irrigués », entre autres.

Le pays envisage le vote d’une loi d’orientation sur les énergies renouvelables, une autre sur le littoral pour une gestion intégrée de cet espace, la promotion des énergies renouvelables par la mise en place d’un fonds spécial doté de 8 milliards FCFA destiné à soutenir les efforts des particuliers et le mix énergétique avec un objectif de 20% d’énergies renouvelables, la création de pôles urbaines, la mise en place d’un Fonds National Climat avec 60 milliards pour financer des projets d’atténuation et d’adaptation.

A titre de rappel, les collectivités locales francophones rêvent que Paris s’achève avec un accord qui traite de façon équilibrée de l’atténuation – c’est-à-dire des efforts de baisse des émissions de gaz à effet de serre permettant de contenir le réchauffement global à 2°C – et de l’adaptation des sociétés aux dérèglements climatiques existants.

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